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Référence: Lumières nouvelles sur la réincarnation de Laurent GUYÉNOT (2003), préface de François Brune
Ce livre est le résultat d'une enquête approfondie sur l'ensemble des faits
parapsychologiques tenus, à tort ou à raison, comme des preuves de la réincarnation.
Dans sa préface, François Brune affirme qu'il ne connaît pas «d'étude
aussi poussée sur les différents mécanismes qui peuvent être à l'origine
des faits constatés»; cela accorde déjà à cet ouvrage une certaine
notoriété.
Qu'est-ce qui se réincarne en nous?
De quoi avons-nous hérité au juste à notre naissance?
D'où viennent ces dons, ces vocations, ces visions, ces pulsions et ces phobies qui nous habitent, sans nous appartenir entièrement?
Dès la première page de son introduction, Laurent Guyénot affirme que «l'humilité
et la prudence ne sont malheureusement pas les qualités les plus marquantes
de la plupart des ouvrages sur l'après-vie. Ceux traitant de la réincarnation
en particulier, sont soit des ouvrages de propagande pour, soit des ouvrages
de polémique contre». Avec cette vue dualiste et catégorique, Laurent
Guyénot veut ouvrir une troisième voie dans laquelle il insère sa
thèse, «qui n'est pas de savoir si la réincarnation est une réalité,
mais de définir ce qui, au juste, se réincarne et dans quelle condition»;
il affirme par ailleurs que son «approche est avant tout empirique
: il s'agira de répertorier des phénomènes paranormaux, de
considérer dans quelle mesure ils soutiennent l'hypothèse de la réincarnation
et, dans le cas contraire, quelle hypothèse alternative ils suggèrent».
En fait, même s'il ne veut pas savoir si la réincarnation est une réalité,
il se la donne néanmoins comme hypothèse de départ?
Son enquête part d'un «présupposé», à savoir
la position «survivaliste», selon laquelle on admet
qu'une partie de l'être survit après la mort du
corps physique; il spécifie cependant «qu'il n'en fait
pas un dogme et qu'il n'embrasse pas l'ensemble des arguments avancés
par ses défenseurs les plus zélés».
Selon Laurent Guyénot, la seule question intéressante
est de savoir ce qui se réincarne, et, dans cette optique, de lever les
ambiguïtés des sources religieuses et les confusions populaires entre survivance
et réincarnation.
Les écrits réincarnationnistes présentent plusieurs nuances conceptuelles.
Le nombre moyen d'incarnations par
individu, allant de trois à six pour ceux qui s'inspirent
de la Kabbale hébraïque et de son texte fondamental «Le Zohar»
à une infinité de cycles de renaissances pour ceux qui se recommandent
de la tradition bouddhique.
Le sexe dans lequel on se réincarne
: certains affirment que l'on se réincarne toujours dans le même sexe,
alors que la plupart considèrent que l'expérience alternative des deux
sexes profite à l'évolution de l'âme, tout le monde dénonçant Platon,
pour qui une renaissance en femme était considérée comme une punition
à peine plus légère qu'une renaissance animale.
Les modalités de réincarnation allant
des «écoles traditionnelles» qui reconnaissent que les renaissances
sont animées par une loi implacable imposant au terme d'une vie les
conditions de la vie suivante, aux «écoles libérales» qui
insistent sur le libre arbitre. Des compromis existent entre ces deux
positions extrêmes, laissant par exemple aux êtres plus évolués la possibilité
de choisir, alors que les déchus se voient obligés d'obéir.
Les réactions devant les questions de régression
sous hypnose opposant les régréssionnistes qui y voient un
but thérapeutique favorisant le développement personnel, aux anti- régréssionnistes,
comme les auteurs attachés aux traditions religieuses, les représentants
des écoles bouddhiques et hindouistes, les penseurs originaux comme
Aurobindo, et les théosophistes fidèles à la l'opinion d'Hélène Blavatsky.
Laurent Guyénot termine son introduction en classant les arguments réincarnationistes en trois catégories.
Les arguments historiques
démontrant la très haute antiquité de la réincarnation et son caractère
quasi universel : la transmigration.
Les arguments basés sur
des faits empiriques, comme les souvenirs des vies antérieures,
obtenus par régression sous hypnose, avec Ian Stevenson et Patrick Drouot
par exemple, ou les observations liées à la mémoire de la matière, pensons
plus particulièrement à Edgar Cayce.
Les arguments d'ordre philosophique ou moral,
s'intéressant à la notion de personnalité et d'inconscient individuel.
En ce qui concerne la régression sous hypnose, Laurent Guyénot cite trois auteurs :
Brian Weiss, docteur en
médecine et auteur du livre : De nombreuses vies et de nombreux maîtres.
Patrick Drouot, possédant une maîtrise
en physique, auteur du livre «Nous sommes tous des immortels»
édité à 350 000 exemplaires. À son égard, Laurent Guyénot s'exprime
souvent avec un manque d'objectivité et il passe sous silence l'essentiel
de sa méthode, qui n'était pas axée sur les régressions hypnotiques,
mais sur les altérations des niveaux de conscience. En fait, il semble
lui reprocher d'avoir été grand initié dans ses vies antérieures, ce
qu'il fait d'ailleurs aussi à l'égard de Shirley Mc Lane et de Paco
Rabanne, en des termes fort peu nuancés, puis que, dans leurs
cas, il n'hésite pas à parler de «divagations».
Raymond Moody ,
psychiatre, avec son livre «Voyages dans les vies antérieures»,
dont la référence bibliographique n'est pas fournie.
Laurent Guyénot classe les différents phénomènes obtenus avec l'hypnose dite régressive en trois catégories.
Les souvenirs des vies antérieures.
Il faut se poser des questions «quant à la légitimité de considérer
les visions obtenues par régression comme des souvenirs de vies antérieures».
Les souvenirs traumatiques enfantins.
Pour la plupart des thérapeutes pratiquant les régressions hypnotiques,
les descriptions revécues sous hypnoses sont la preuve qu'il s'agit
bien d'un souvenir. Feud fonda la psychanalyse, quand il renonça à croire
en l'exactitude des souvenirs émergeant sous hypnose. Dans son livre,
«Victims of memory»,
Mark Pendergrast relate plusieurs témoignages d'histoires vraies de
faux souvenirs, dans lesquels les patients guidés par leur thérapeuthe
arrivent à se convaincre qu'ils ont été victimes d'incestes ou autres
drames dans leur enfance.
Les souvenirs d'enlèvements extraterrestres .
De nombreux cas sont relatés; ils sont issus du rapport d'un colloque
américain organisé par la prestigieuse université M.I.T. en 1992 : BRYAN
C.D.B.(1995), Close Encounters of the Fourth Kind, Knoph, New-York.
Il est vrai, comme le souligne Laurent Guyénot, que «pour nombre de
réincarnothérapeuthes, c'est l'efficacité constatée des régressions aux
vies antérieures qui justifie la pratique et valide la théorie réincarnationniste».
Parmi toutes les pratiques, celles qui aident les patients, de manière significative,
à modifier leurs habitudes et leurs pensées, démontrent des résultats supérieurs
à la moyenne.
Le psychothérapeute américain, Jonathan Venn, rapporte le cas d'un de ses
patients, Matthew, jeune homme âgé de 26 ans qui souffrait de douleurs chroniques
à la poitrine. «Placé sous hypnose légère, le patient a d'abord revécu
des souvenirs d'enfance douloureux, où son père l'empêchait de pleurer en
le menaçant de le frapper s'il continuait. Puis, toujours en transe, il
s'identifia à un pilote français tué en Belgique en 1914 par une rafale
de mitrailleuse l'atteignant à la poitrine. En revivant cette expérience,
le patient cria, se débattit et transpira intensément pendant une demi-heure».
La cryptomnésie est la conservation
latente d'une chose vécue ou entendue et qui ne réapparaît que lors de certains
phénomènes anormaux comme l'hystérie ou le sommeil profond. Ce concept fut
introduit en 1 899 par le psychologue suisse Théodore Fournoy,
dans son livre "Des Indes à la planète Mars".
Voici le résumé de ses travaux donné par Laurent Guyénot.
"Flournoy appliqua l'hypothèse cryptomnésique à ses expériences avec la médium Hélène Smith (pseudonyme dissimulant Catherine-Élise Mûller). Au cours de ses transes (qu'on appelait alors états somnambuliques), cette médium vécut de fantastiques aventures que Flournoy transcrivit et divisa en trois cycles : le Cycle Oriental, le cycle Royal et le Cycle Martien. Les deux premiers se rattachent à l'idée de réincarnation.
Dans le Cycle Oriental,
il fut en effet révélé qu'Hélène Smith avait été, cinq cents ans avant
sa vie présente, la fille d'un cheik arabe et était devenue, sous le
nom de Simandinini, l'épouse préférée d'un prince hindou, nommée Sivouka
Nayaka. Flournoy se trouva lui-même impliqué dans cette vie antérieure,
à son grand embarras; il avait été le Prince Sivrouka, aimé de la princesse
Simandini.
Dans le Cycle Royal, il fut révélé
qu'Hélène Smith avait vécu sous les traits de la Reine Marie-Antoinette.
Le guide de la médium (l'esprit désincarné qui la parraine, pur ainsi
dire, et s'exprime occasionnellement à travers elle) apporta à cela
un éclaircissement : étant lui-même, en son temps, tombé éperdument
amoureux de la Reine, il l'avait enfin retrouvée, après bien des recherches
dans l'au-delà, en la personne d'Hélène Smith, sur qui il veillait depuis,
se consolant ainsi de son ancienne passion malheureuse. Ce guide prétendait
s'appeler Léopold, alias Cagliostro.
Flournoy n'eut aucun mal à montrer que ces régressions au temps de Marie-Antoinette
dans la vie de la princesse hindoue pouvaient être entièrement expliquées
par les lectures d'enfance d'Hélène Smith (explication à laquelle il faut
ajouter, dans le cas du Cycle Oriental, un phénomène évident de transfert.
Il devient difficile de déceler la cryptomnésie quand la source du souvenir
se trouve dans les livres d'histoire; les réincarnationnistes y verront
la preuve de la réalité du souvenir, alors que les sceptiques affirmeront
de leur côté que la prétendue vie antérieure a été construite avec les données
historiques. À ce propos, Laurent Guyénot relate le célèbre cas de régression
hypnotique publié par le psychiatre anglais, Arthur Guirdham, sous le titre
«Les Cathares et la réincarnation» : «En 1962, une de
ses patientes, Mrs Smith, est venue le voir avec des rêves récurrents évoquant
la France du XIIIe siècle. Les rêves présentaient des détails historiques
qui, affirme Guirdham, furent ensuite confirmés par des historiens des Cathares
: René Nelli et Jean Duvernoy. Peu de temps après, sous l'effet évident
d'un contre-transfert, Guirdham se mit à voir lui-même des rêves semblables
à ceux de sa patiente et finit par conclure qu'elle et lui avaient été amants
durant la persécution des Cathares et avaient péri ensemble dans les flammes
du bûcher. Ian Wilson a critiqué ce cas en faisant état de ses
vaines tentatives d'amener l'auteur à coopérer à une enquête pour vérifier
si les personnages en question avaient bien existé. Wilson découvrit que
Mrs Smith avait écrit un roman en 1954 sur les Cathares, et le Dr Guirdham
s'intéressait au sujet depuis longtemps, ce qu peut expliquer en partie
que les souvenirs de sa patiente aient été conformes à quelques données
historiques connues. De plus, comme le fait remarquer Ian Wilson, son passe-temps
favori était de composer des œuvres de fiction. On a donc un mélange d'imagination,
de cryptomnésie et de télépathie (les connaissances de Guirdham ayant pu
influencer les souvenirs de sa patiente).»
L'historien Bertrand Méheust s'intéresse
aux interactions entre l'hypnotiseur et la personne hypnotisée; quand les
séances se répètent trop longtemps, tout se passe comme si les deux pensées
se rejoignaient et le lien est alors tellement fort qu'il peut même se manifester
au-delà du temps et de l'espace. Ce phénomène avait déjà été remarqué par
le général Noizet en 1854 : «Il
est un grand nombre d'observations générales qui concourent à prouver que
les idées, et principalement les opinions des magnétiseurs, peuvent être
senties par les somnambules. On a remarqué, par exemple, que tous les somnambules
endormis par la même personne avaient les mêmes idées sur le magnétisme
animal, et précisément celles du magnétiseur. Ainsi, lorsqu'un magnétiseur
persuadé de l'existence d'un fluide magnétique, demande à son somnambule
s'il ressent l'action de ce fluide, celui-ci répond qu'il la sent et assure
en outre voir le magnétiseur environnée d'une atmosphère lumineuse, tantôt
brillante, tantôt azurée. Les somnambules, au contraire, endormis par des
personnes qui n'admettent aucun fluide particulier prétendent qu'il n'existe
pas de fluide magnétique. Ceux qui sont endormis par des gens superstitieux
voient des démons ou des anges qui viennent communiquer avec eux et leur
font des révélations ou leur apportent des secrets. Les somnambules observés
par la société exégétique de Stockholm se croyaient tous inspirés par des
esprits venus d'un autre monde et qui, pendant quelque temps, avaient habité
des corps humains. Ces revenants donnaient des nouvelles de ce qui se passait
en paradis ou en enfer.»
Il arrive aussi que certains phénomènes médiumniques se produisent au cours
des expériences de régression. À ce propos, Laurent Guyémot cite
l'expérience d'Ormond McGill:
«L'auteur, réincarnothérapeute, y relate les souvenirs d'une
vie antérieure d'une de ses patientes, présentée sous le pseudonyme de Sarah,
mais qui serait en fait une actrice américaine connue, préférant pour l'instant
ne pas dévoiler son vrai nom.
Sarah consulta McGill pour des raisons qui ne sont guère précisées dans
le livre, et fut amenée, en plusieurs séances d'hypnose profonde, à reconstituer
une vie antérieure très détaillée. Elle ne gardait, hors hypnose, aucun
souvenir du récit qu'elle venait de faire dans son sommeil hypnotique (à
l'instar des médiums d'incorporation, qui, à l'état normal, ignorent tout
des propos qu'ils tiennent en transe, propos en fait supposés tenus par
un esprit utilisant leur corps), mais ce récit était consciencieusement
enregistré par le thérapeute, puis transcrit par écrit. À chaque nouvelle
séance, elle reprenait le récit là elle avait interrompu à la fin de la
séance précédente, un processus souvent observé chez des sujets placés répétitivement
sous hypnose.»
Selon Laurent Guyénot, le cas de régression qui eut la plus grande influence,
serait la régression hypnotique présentée par Morey
Bernstein dans son livre À la recherche
de Bridey Murphy", qui fut édité dans la collection rouge "J'ai
lu", mais actuellement introuvable.
«L'histoire se passe en 1952, en Californie. Une femme, désignée comme
Ruth Mills Simmons dans le livre, change de personnalité lorsque Bernstein
la fait régresser sous hypnose : elle se met à parler avec un accent irlandais
et dit s'appeler Bridey Murphy McCarthy; au fil des séances qui se suivent,
elle se dira Irlandaise née à Cork en 1798 dans une famille protestante,
mariée à vingt ans à un catholique du nom de Sean Brian Joseph MacCarthy.
Elle n'eut pas d'enfant. Vers l'âge de 60 ans, elle se brisa la hanche dans
une mauvaise chute et, incapable de se déplacer à partir de ce moment, elle
dite être devenue un fardeau pour son mari, jusqu'à sa mort à l'âge de 66
ans.
Les récits de ces séances parurent tout d'abord dans un quotidien de Denver, avant d'être repris à Chicago puis dans d'autres villes. Les réactions enthousiastes des lecteurs convainquirent les éditions Doubleday de commander un livre à Morey Bernstein, lequel livre devint immédiatement un best-seller national et fut rapidement traduit en cinq langues.
De nombreux journalistes menèrent une enquête, généralement pour discréditer le cas. Ils firent valoir que toutes les tentatives pour retrouver la trace de Bridey Murphy dans les registres de naissance, de mariage ou de décès de Cork et d'ailleurs, avaient été vaines, tout comme les recherches sur les autres personnages ou détails de l'histoire comme le Père John Joseph Gorman ou son église Saint Theresa.
Un journaliste anglais du nom de Eric Dingwall tenta de prouver, avec l'appui d'hypnologues distingués, que des manifestations obtenues par Bernstein avec Ruth Simmons pouvaient être expliquées par cryptomnésie.
Les attaques les plus violentes émanaient du "Chicago American", concurrent
du "Chicago Daily News" qui avait passé les articles de Morey Bernstein.
Ses journalistes découvrirent l'identité véritable de Ruth Simmons, de son
vrai nom Virgina Tighe. Sachant qu'elle avait passé son enfance et son adolescence
à Chicago, ils prétendirent avoir localisé la vraie Bridey Murphy en révélant
qu'une irlandaise du nom de Bridie Murphy Corkell avait habité à Chicago,
dans l'immeuble en face de celui de Virginia Tighe. Ils avancèrent que Virginia
connaissait bien Mrs Corkell et lui avait souvent rendu visite, ce que Virginia
nia formellement. Ils prétendirent également que Virginia avait eu une tante
irlandaise, décédée au moment de l'enquête, dont elle avait été très proche.
Mais Virginia rétorqua que sa tante n'était que de souche irlandaise lointaine,
étant née à New-York. Elle ne contesta pas, en revanche, le fait qu'avant
d'être élevée par des parents adoptifs, elle avait grandi jusqu'à l'âge
de trois ans avec ses vrais parents qui étaient en partie irlandais».
Dans l'état actuel de nos connaissances, nous n'avons aucun moyen de savoir si le récit de la vie antérieure d'un sujet n'est pas imputable à la vie d'une autre personne; on peut penser par exemple que le sujet soit incorporé par un esprit qui lui fasse revivre sa propre vie.
Carl Wickland, psychiatre américain,
et son épouse, médecin et médium, ont libéré pendant trente ans des milliers
de personnes sous l'influence néfaste d'entités attachées à leur corps physique.
Carl Wickland défend l'hypothèse selon laquelle
les désordres mentaux sont le plus souvent dus à l'influence négative des
basses sphères spirituelles. Les hypothèses de Wickland remettent
en question le principe même de la réincarnation : les esprits alimentent
tellement bien le subconscient des êtres qu'ils incorporent, que ces derniers
ont vraiment l'impression d'avoir vécu les activités de la vie de l'entité.
Edith Fiore, docteur en psychologie
clinique, pratique une méthode de dépossession basée sur l'hypnose; elle
explique aussi que certains propos de ses patients ne cadrent pas avec les
théories réincarnationnistes :
«Je me demandais en réalité si je n'avais pas eu affaire, en réalité, à des esprits, des entités qui se seraient exprimées par la bouche de mes patients, ces derniers étant en quelque sorte des médiums 'non consentants'. Ce concept de possession expliquait également pourquoi certaines régressions à des vies antérieures se chevauchaient dans le temps. Ne s'agissait-il pas en fait des dernières vies terrestres de plusieurs esprits possessifs (ou bien d'incarnations anciennes de ces mêmes esprits, si les régressions évoquaient des époques très lointaines).»
Laurent Guyénot a puisé dans l'actualité française quelques cas intéressants :
«France soir du 9 décembre 1993, le cas de Lucien-Gilles de Vallière, qui terrorisa la ville D'Annemasse pendant cinq ans avant son arrestation en 1993, expliqua lors de son procès : 'Je n'avais pas le sentiment d'agir. J'avais l'impression d'être en dehors d emoi. Je n'avais pas l'impression d'être l'auteur de ses actes.'»
«Figaro du 1 mars 1995, le cas Alain Garcia, violeur en série d'Aix-en-Provence jugé en 1995, décrit pas sa femme comme 'un bon père de famille' et par les psychiatres comme un homme dépourvu d'anomalies mentales, déclarait de même : 'Il y avait quelque chose qui entrait en moi. Il m'envahissait et il faisait n'importe quoii. Je parlais avec lui. Même en prison, pendant six mois, j'ia continué de parler avec lui. Quand je suis entré en prison, je ne me senatais pas coupable, c'était l'autre.'»
«Le Point 21 août 1993, le cas de Francis Haulme , meurtrier en série arrêté en janvier 1992. Les enquêteurs qui l'interrogeaient ont dit :'Il mélange constamment le 'je' ou le 'il', il est à la fois lui-même et un autre.»
Laurent Guyénot cite aussi deux cas intéressants, celui de Lurancy Vennum et celui de Shanti Devi, nous ajouterons aussi celui de RoseMary Brown.
Cas de Lurancy Vennum
: «Un autre grand nom de la 'Society For Psychical Research, Frederic
W. H. Myers, maître de conférences en psychology au Trinity College
de Cambridge et inventeur du terme 'télépathie', consacra un chapitre
à la possession dans son ouvrage classique, La Personnalité humaine,
sa survivance, ses manifestations supranormales, dont l'éditionoriginale
anglaise date de 1903. Parmi les cas qu'il cite, celui de Lurany Vennum
est le plus connu. En 1877, alors qu'elle avait treize ans, Lurancy
commença à éprouver des états étranges de transe, revêtant parfois des
personnalités désagréables. Ses parents, craignant pour sa santé mentale
mais voulant éviter qu'elle ne fût internée dans un asile, la confièrent
au Dr W. Stevens, qui se livra sur elle à quelques expériences d'hypnose.
Sous hypnose, Lurancy dit se voir entourée de fantômes, parmi lesquels
elle nomma Mary roff. Celle-ci était une fille de la région qui avait
été sujette elle aussi à des crises d'insanité, et qui étaient morte
douze ans auparavant. Toujours sous hypnose, Lurancy annonça qu'elle
allait autoriser le fantôme de Mary Roff à la 'posséder'. Le jour suivant,
il devint progressivement apparent qu'elle se comportait comme si elle
Mary Roff, demandant même à être ramenée 'a la maison', là où habitaient
les Roff. Un jour, en regardant par la fenêtre, elle vit passer dans
a rue Mrs Roff, accompagnée de sa fille Minerva; elle s'exclama : 'Oh,
voilà Maman et ma sœur Nervie!' et se précipita dehors pour les embrasser
comme si elles étaient sa vraie famille. Après de fortes réticences,
les Vennum acceptèrent que leur fille aille vivre chez les Roff. Un
jour qu'elle passait devant la maison où avaient habité les Roff du
vivant de Mary, elle s'arrêta et l'on ne parvint que difficilement à
lui faire admettre que la famille Roff avait déménagé et n'habitait
plus là. En arrivant dans lea nouvelle demeure des Roff, reconnut immédiatement
le piano qu'avait connu Mary, et salua familièrement toute la famille
et les proches réunis, en les appelant par leur prénom."
Cas de Shanti Devi : «Tournons-nous
maintenant vers un cas très célèbre en Inde dans les années 1930, celui
de Shanti Devi. Tenue pour un miracle incarné, une preuve vivante de
la réincarnation, Shanti Devi fut traitée comme une vritable sainte
dans son pays, et attira une foule considérable (ce qui, soit dit en
passant, prouve que ce genre de cas est rare, même en Inde). On dit
qu'elle attira l'attention de Gandhi lui-même, qui se serait déplacé
personnellement pour lui rendre visite. Une commission d'enquête fut
en tout cas formée pour statuer à son sujet. Les Occidentaux peuvent
prendre connaissance des faits grâce au compte-rendu qu'en fait le journaliste
suédois, Sture Lönnerstrand dans son livre 'Shanti Devi, l'enfant réincarnée'.
Le cinéaste français François Villiers s'en inspira également pour le
scénario de son film, Manika, une vie plus tard, sorti en 1989. Je résumerai
les faits marquants en me basant scrupuleusement sur le livre de Lönnerstrand.
Dans la ville de Muttra meurt en retour de couche Ludgi Devi, jeune
épouse de Keda Nath, d'une famille brahmane. Quelques années plus tard,
à New Delhi, c'est-à dire à deux cent kilomètres de Muttra, une petite
fille du nom de Shanti Devi (sans relation avec Ludgi Devi, malgré l'identité
du nom) prétend depuis l'âge de quatre ans qu'elle vient d'une famille
brahmane de Muttra. Elle emploie des termes d'un dialecte que sa famille
ne comprend pas et refuse de manger la nourriture qu'on lui sert, sous
prétexte qu'elle n'est pas préparée selon les règles brahmanes. Ces
caprices s'accompagnent d'untrouble aigu de la personnalité, un véritable
dédoublement. Par moment, Shanti voit à côté d'elle Ludgi Devi, qu'elle
nomme la 'femme au sari rouge' et qu'elle ressent comme différent d'elle-même.
'Au début, Shanti Devi ne savait même pas que la femme au sari rouge,
c'était elle', commente bizarrement Lönnerstrand, comme si l'hypothèse
de la réincarnation allait de soi, alors que, justement, elle est mise
à mal par ce type d'observation. À d'autres moments, Shanti Devi se
prend littéralement pour cette femme au sari rouge, Ludgi Devi. Ce n'est
plus alors Shanti qui parle, mais Ludgi Devi. Et Ludgi Devi ne comprend
absolument pas où elle est, ni ce qui lui arrive."
Cas de RoseMary Brown : Rosemary
Brown, qui est morte en 2001, était médium. Elle communicait avec des
compositeurs défunts : Liszt, Chopin, Beethoven, Schubert et Rachmaninov,
pour ne citer qu'eux. En 1964, Mme Brown est veuve avec deux enfants
à charge ; elle travaille à la cantine d'une école de Batham, dans le
sud de Londres; à la suite d'une chute, elle se brise deux côtes et
doit prendre un congé. C'est à cette époque qu'elle est "visitée" par
Liszt, alors qu'elle est au piano. "Il m'arrivait d'avoir du mal avec
des morceaux faciles, mais, là, c'est comme si je jouais automatiquement.
J'ai commencé à jouer des pièces virtuoses, et tout est parti de là."
Liszt devient son guide spirituel; c'est grâce à lui, a-t-elle affirmé,
qu'elle a rencontré Bach, Beethoven, Chopin et bien d'autres. Ces compositeurs
lui ont dicté des pièces soit directement au piano, soit sur papier.
Intrigués par ses déclarations, nombre de musiciens, de compositeurs
et de critiques l'ont rencontrée pour entendre ses oeuvres. Plusieurs
experts ont admis que la musique de Rosemary Brown présentait de grandes
similitudes avec celle des compositeurs qu'elle affirmait représenter,
mais ils attribuaient cette caractéristique à un don pour l'imitation.
Il ne fait cependant aucun doute que Rosemary Brown était passionnée
et convaincue d'avoir un don. En reprenant l'hypothèse de Carl Wickland
, on pourrait bien admettre que son don provenait d'une incorporation
de la part des compositeurs qui la visitaient.
Ian Stevenson donne six objections qui permettent de réfuter l'idée de la réincarnation dans le modèle de la possession de Wickland :
Objection 1 : Il affirme que "la différence entre la réincarnation et la possession se trouve dans la durée de la modification d'une personnalité, ayant pour cause l'influence partielle ou complète d'une personne désincarnée". Il oublie que certaines possessions sont presque permanentes.
Objection 2 : Il affirme que "l'hypothèse de possession ne permet pas d'expliquer un aspect important des cas évoquant la réincarnation : elle n'explique pas qu'un enfant, à la vue d'un lieu où la personnalité antérieure a vécu, soit impressionné au point de retrouver soudainement le souvenir de différents épisodes de son autre vie". Il s'agit là d'une affirmation tout à fait contradictoire avec les résultats expérimentaux obtenus par Wickland pendant trente ans.
Objection 3 : Il affirme qu' "un esprit possesseur ayant assez d'influence sur une personne vivante pour l'amener à déclarer un changement d'identité devrait être capable de se rappeler toute l'histoire de sa vie antérieure". Cela ne pourrait être envisageable que si l'esprit qui a incorporé une personne ne le fait que dans des buts évolutifs, ce qui n'est absolument pas le cas dans la plupart des faits rapportés par Wickland.
Objection 4 : Il affirme que "la théorie de la possession n'explique pas non plus comment nos sujets pouvaient décrire les maisons et les gens, tels qu'ils étaient avant la mort de leur personnalité antérieure". Cette affirmation est gratuite; au contraire, la personne possédée perd son subconscient.
Objection 5 : " Le défaut apparent de motivations qui pousseraient les personnalités désincarnées à influencer nos sujets." Affirmation tout à fait gratuite et en opposition avec les expériences de Wickland sur les drogués et les meurtriers.
Objection 6 : Il affirme que "la réincarnation obéirait à la loi karmique, tandis que la possession découle nécessairement d'une volonté de l'esprit du possesseur". En fait, il semble bien qu'il n'y a que cette objection que l'on pourrait retenir.
René-Yves Hervé
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