L'évolution récente des professions langagières a décimé les rangs des terminologues professionnels et a fait de cette discipline une activité raréfiée. Pourtant, en raison de l'apport essentiel de la terminologie à la qualité de la traduction et de la rédaction professionnelles, j'ai confiance qu'une fois passée la psychose du rendement quantitatif et lorsqu'on en aura constaté les fruits à long terme, on reviendra à une pratique terminologique étroitement intégrée aux spécialités langagières tout autant de l'interprétation et de la traduction que de la rédaction technique. Voilà donc pourquoi je m'entête à parler de compétence et d'excellence en terminologie.
Il ne faut pourtant pas confondre compétence et excellence, pas plus qu'on ne saurait identifier uvre et chef-d'uvre. Alors que la compétence est la capacité de répondre efficacement même très efficacement aux exigences de sa fonction, l'excellence doit aller bien au-delà : elle suppose non seulement la parfaite maîtrise de ses moyens techniques, mais encore la capacité de les améliorer et d'en étendre la portée. Avec l'excellence, nous sommes au sommet de l'échelle professionnelle. Le fonctionnement quotidien est transcendé. De nouvelles perspectives sont ouvertes pour reculer les limites de la discipline. Pourtant l'excellence n'est possible que sur la base d'une compétence solide. Définissons donc d'abord ce qu'est la compétence en terminologie.
La compétence, dosage judicieux de l'art et de la science
La compétence en terminologie suppose la parfaite maîtrise des techniques de base de la discipline : analyse terminologique (identification et découpage des unités terminologiques, analyse et découpage des contextes), comparaison des terminologies selon les combinaisons de langues choisies, rédaction de fiches selon les critères de validité reconnus, classement des notions d'après un arbre de domaine fonctionnel, gestion de la documentation et connaissance pratique des principaux logiciels de traitement terminologique et de navigation sur Internet.
À ces habiletés de base, le terminologue compétent doit ajouter la capacité de résoudre de façon satisfaisante les problèmes posés par la présence de la polysémie et de la synonymie au sein d'un vocabulaire. Par exemple, savoir distinguer prix et coût en comptabilité, ou évaluer les risques de confusion amenés par les différents sens du mot jumelage en publicité, qui s'applique tout autant à l'association de plusieurs produits dans une même promotion qu'à l'appariement étroit de deux produits complémentaires dans une même promotion. Il doit pouvoir mettre en place les éléments nécessaires à une intervention normalisatrice intelligente en préparant de bons dossiers de normalisation fondés à la fois sur une analyse perspicace du problème et une recherche fouillée et bien documentée.
Il lui faut en outre avoir un certain réalisme professionnel qui lui permette de doser efforts et rendement dans un bon rapport qualité-prix. On ne peut toujours passer des semaines à la solution d'un seul problème de terminologie ni se contenter de produire une ou deux fiches par semaine. Les spécialités langagières sont devenues hautement concurrentielles. C'est une donnée dont on ne saurait faire abstraction. Le travail terminologique ne doit pas devenir un luxe que le client ne peut se permettre. De plus, le jugement professionnel du terminologue doit lui permettre d'adapter les solutions trouvées aux diverses situations de communication où elles doivent s'appliquer, en tenant compte des besoins des utilisateurs sans dogmatisme et sans condescendance. Par exemple, un client veut un équivalent pratique et immédiatement intelligible de l'expression anglaise direct deposit. Vous savez par vos recherches que l'expression utilisée en Europe est virement automatique, qu'un décret de normalisation de l'Office de la langue française du Québec prescrit l'utilisation de cette expression. Par contre, vous constatez qu'au Canada toutes les institutions bancaires utilisent « dépôt direct » ainsi que les services gouvernementaux fédéraux. Quelle recommandation ferez-vous à votre client?
On ne naît pas compétent, on le devient
La compétence n'est pas une vertu innée. Elle est habituellement le fruit d'un bon enseignement, fondé sur la connaissance intime de la pratique terminologique. La dimension « art » de cette profession exige un contact étroit avec la pratique. Cette pratique, bien sûr, doit s'appuyer sur une doctrine cohérente qui la guide et l'éclaire. Mais il n'apparaît pas qu'une seule initiation théorique à la terminologie garantirait la compétence du futur terminologue. C'est pourquoi le contact de terminologues d'expérience s'avérerait le complément idéal d'un bon enseignement de la terminologie. Les difficultés économiques de ces dernières années et les compressions budgétaires qu'elles ont entraînées ont compliqué singulièrement les possibilités de stages autant dans les ministères de l'État que dans les entreprises privées. Il ne faut pas pour autant jeter l'éponge. Avec un entêtement de fourmi, il faut continuer à mettre en place une structure qui assure le lien entre le milieu du travail et la formation universitaire. C'est une condition sine qua non de la compétence.
L'excellence n'est pas innée non plus
C'est sur la base d'une telle compétence que l'excellence devient possible. Le terminologue qui veut accéder à l'excellence ne peut se contenter de bien faire ce qu'on lui demande. Il doit aller au-delà. Il lui faut enrichir son agir professionnel, améliorer le produit de son activité et faire progresser sa discipline. En somme, il lui importe d'acquérir une véritable culture terminologique qui guide son sens critique et son jugement vers une activité professionnelle plus réfléchie et de plus en plus adéquate.
L'excellence : à quel prix?
Nous avons, je crois, bien établi que la compétence est la base de l'excellence. La première habileté que l'excellence va ajouter à la compétence, c'est la capacité de réfléchir sur l'agir professionnel. Pour décrocher la palme de l'excellence, le terminologue doit pouvoir raisonner toutes ses démarches, les rectifier et les affiner. Il ne peut y parvenir sans enrichir constamment ses connaissances théoriques par ses lectures. Comment prétendre à l'excellence si l'on n'est pas au fait des recherches et des réflexions qui sous-tendent sa discipline? Il faut connaître les écrits des « ancêtres », Wüster, Felber, Rondeau, Guilbert et sans doute Dubuc, mais il faut aussi se tenir à l'affût des évolutions récentes par les recherches de Pierre Auger et Jean Quirion au Québec, d'Ingrid Meyer, à l'Université d'Ottawa, de Galinsky, Pitch, Humbley et Sager en Europe, de Sue Ellen Wright aux États-Unis, pour ne nommer que quelques chercheurs. De plus, au Québec à partir des années 70 jusqu'à la fin des années 80, la réflexion terminologique a pris corps dans de nombreux colloques dont les actes ont été publiés par l'Office de la langue française. Pour éviter de refaire le chemin déjà parcouru, il serait judicieux de relire ces actes périodiquement. La réflexion est un élément capital de l'excellence. Sans une réflexion constante et bien articulée, nous sommes condamnés à la routine. La routine n'a jamais fait éclore l'excellence.
Reculer les limites de l'insoluble
L'excellence se manifestera aussi par la capacité de dénouer les imbroglios terminologiques : les impossibles équivalences interlangues, les cas de synonymie inextricables et les confusions sémantiques indémêlables. Comme pour Napoléon sur le champ de bataille, impossible ne fait pas partie du vocabulaire de l'excellence en terminologie. Pour reculer les limites de l'insoluble, le terminologue doit pouvoir cerner clairement les problèmes terminologiques complexes, déterminer où se trouve le nud gordien et explorer les voies de solution d'une façon à la fois juste et simple. Si la solution proposée ne fait que déplacer la difficulté, il n'y a pas là progrès. Si les considérants d'une solution sont si nombreux que seul le terminologue peut s'y retrouver, les usagers ne s'en trouveront pas éclairés. L'excellence n'est pas complexifiante, elle est simplificatrice. Elle ne saurait se complaire dans un faux étalage de technicité.
Savoir de quoi on parle
La volonté de rester clair dans l'étude de données complexes oblige le terminologue à acquérir une véritable compétence technique dans les domaines de sa spécialité. Vous travaillez en comptabilité : il vous faut connaître les rudiments de cette science d'abord pour comprendre les textes qui servent de base à votre travail, mais aussi pour dialoguer de façon intelligente avec les spécialistes de cette discipline. Il en est de même dans tous les domaines technico-scientifiques. Le terminologue doit s'initier aux disciplines dans lesquelles il travaille pour assurer la validité de ses travaux et le contact fécond avec les spécialistes, pour comprendre leurs discours et même saisir leurs incohérences.
Sur ce fond de savoir technique doit se greffer une capacité évolutive. Tout évolue. Les techniques se transforment, nos langues de travail se modifient : la faute d'hier est devenue le bon usage d'aujourd'hui. Comment penser être à la hauteur de sa tâche si l'on se contente de s'asseoir sur ses acquis? Bien sûr, il y a les cours de formation continue offerts par les associations professionnelles. Ils vont devenir de plus en plus indispensables. Mais il y a aussi cette université personnelle d'éducation permanente qu'est la lecture. Il faut lire ce qui s'écrit sur sa discipline, sur les disciplines dans lesquelles on travaille, lire sur ses langues de travail. Savoir, même dans ses lectures de divertissement, noter le tour étrange, l'expression frappante, l'audace stylistique, le néologisme. Toutefois, laissée à ses seules ressources, la mémoire se révèle un bien mauvais greffier. Il faut noter et ficher au fur et à mesure de ses lectures, sans quoi les plus belles trouvailles sont vite englouties dans les trous noirs de la mémoire.
Le terminologue, un communicateur
Le fruit de ses réflexions et de son travail, le terminologue doit le communiquer. Il faut synthétiser périodiquement ce qu'on apprend. Quoi de mieux pour le faire qu'un article publié dans une revue professionnelle? L'esprit humain est ainsi fait qu'il s'autoféconde par l'expression. L'effort fourni pour transmettre ses connaissances s'accompagne d'un approfondissement et d'une mise au point que les notions en cause n'acquerraient pas, laissées au rythme flou d'apprentissages non systématisés.
Un chemin montant, sablonneux, malaisé
Sur la route escarpée de l'excellence, cependant, bien des embûches se dressent, qui sont liées pour la plupart à des caractéristiques bien connues de la nature humaine. Faisons-en un rapide inventaire.
Il y a d'abord l'esprit de suffisance. Quel sentiment de satisfaction que de se croire arrivé, enfin! Être convaincu qu'on ne peut professionnellement faire davantage. Voilà l'ennemi numéro un de l'excellence. Il faut regretter que les lauriers n'aient point d'épines. La tentation de s'asseoir dessus serait moins forte.
Le second obstacle est ce rejeton trompeur de la vanité : la peur de se tromper. On refuse d'aller plus avant par crainte de se fourvoyer. On n'ose publier telle étude ou tel article parce que le lecteur pourrait en contester certains points. Pourquoi faudrait-il être infaillible en terminologie? Pourquoi les terminologues n'auraient-ils pas le droit à l'erreur? Il me revient à l'esprit cette belle pensée du poète indien Tagore : « Si l'on ferme la porte à l'erreur, la vérité ne pourra pas entrer. »
Une maîtresse exigeante
Ces deux premiers ennemis de l'excellence logent au-dedans de nous. Mais il en est d'autres qui campent autour de nous et contre lesquels il importe de se prémunir. Il y a d'abord le culte du neuf à cinq, en vertu duquel on ne saurait toucher à ce qui concerne de près ou de loin ses activités professionnelles en dehors de ces sacro-saintes limites. Les difficiles réalités des crises économiques récentes ont porté un dur coup à ce culte, mais pour lui en substituer un autre : la productivité quantitative. De plus en plus, en traduction comme en terminologie, la quantité devient le critère du bon rendement. La qualité passe à l'arrière-plan, si tant est qu'on s'en soucie. Cette mentalité ne laisse guère de place à l'acquisition de l'excellence. On exige souvent des heures supplémentaires pour l'exécution des tâches courantes. Les possibilités d'autoperfectionnement s'en trouvent d'autant restreintes, car l'excellence est une maîtresse exigeante : elle réclame temps et efforts au-delà des tâches quotidiennes.
Pour les travailleurs indépendants, les libéraux comme on les appelle en Europe, le resserrement de la concurrence produit le même effet. L'obligation de rentabiliser son travail à court terme laisse souvent bien peu de loisir pour les investissements à long terme qu'exige l'accès à l'excellence. Dans ces conditions, il devient difficile de tirer son épingle du jeu sans une discipline de fer et sans l'établissement clair de ses priorités. Il faut rappeler l'adage anglais : When there is a will, there is a way.
Une vertu héroïque
Sur un chemin aussi semé d'embûches, est-il réaliste de vouloir accéder à l'excellence? C'est certes une voie où il y aura toujours plus d'appelés que d'élus. Dans le contexte actuel, où les exigences de rentabilité immédiate sont élevées au rang de priorité absolue, les élus sont presque des héros. C'est la force de la motivation qui fait les héros. On ne peut atteindre à l'excellence si l'on ne veut pas férocement y arriver. Il faut être animé d'un dynamisme interne, d'une pulsion puissante qui nous pousse inlassablement vers la réalisation de cet objectif. Qu'on pense aux grands virtuoses, aux grands peintres, aux écrivains de marque. Auraient-ils atteint ces sommets s'ils s'étaient laissé arrêter par tous les obstacles rencontrés sur leur parcours?
Être son propre maître en excellence
Le chemin de l'excellence passe par une forme d'autodidaxie permanente. Aucune formation « formelle » ne peut conférer l'excellence. Un diplôme universitaire peut, peut-être, garantir la compétence, mais il ne saurait être une assurance d'excellence. Toutefois les diplômes peuvent être de très efficaces préalables à la conquête de l'excellence. Mais si les acquis qu'ils ont permis ne se situent pas dans une orientation de perfectionnement continu, entretenu par une réflexion personnelle, elle-même nourrie de lectures réflexives, il est douteux que ces diplômes puissent conduire à l'excellence.
Apprendre en faisant
Le chemin de l'excellence passe aussi par une pratique éclairée de sa profession. M. de La Palice dirait qu'on ne peut être excellent terminologue sans produire de la terminologie. C'est dans le feu de la production terminologique qu'on peut le mieux réfléchir sur son agir professionnel, en déceler les points forts et les points faibles, et circonscrire les aires de recherche à poursuivre. Très souvent une recherche terminologique nous met sur la piste de nouvelles voies à explorer. Ainsi une recherche sur le vocabulaire de l'évaluation de l'entreprise nous met en présence de la notion de going concern qui s'applique à une entreprise susceptible de rester en activité pendant une période prévisible. On pourrait certes se contenter de l'équivalent usuel entreprise à continuité probable. Mais si on creuse cette question d'équivalences, on s'aperçoit que les textes français parlent aussi souvent de pérennité, d'entreprise pérenne, de durabilité, d'assurance de durabilité. On pourrait donc chercher sur ces pistes un équivalent plus fonctionnel de l'expression anglaise. Les mages de la terminologie qui ne s'abaissent pas à faire une fiche terminologique ne m'apparaissent pas comme les mages de l'excellence. L'excellence en terminologie implique, comme aurait dit un ancien premier ministre du Québec, qu'on ne soit pas seulement chercheur, mais aussi « trouveur ». Le terminologue qui produit avec un certain acharnement des fiches terminologiques dont il sait tirer des études, des dossiers, des lexiques et des vocabulaires est certes sur la voie de l'excellence. On apprend beaucoup en faisant.
Se donner sa synthèse terminologique
L'excellence atteint son couronnement dans la synthèse personnelle que le terminologue réalise pour sa discipline. Dans les méthodes, les théories et les aphorismes des autres, il a fait le ménage et a retenu ce qui le sert le mieux pour être à la fois rigoureux, systématique et productif. On est parfois porté à croire que seuls les universitaires peuvent atteindre à une parfaite maîtrise de leur discipline. Pourtant, il y a des praticiens qui y arrivent. J'en citerai deux exemples dans la région Ottawa-Hull : un pour Ottawa, Robert Serré, de la firme Excelcom Translex, et un pour Hull, André Sénécal, travailleur indépendant. J'ai, à quelques reprises, pu prendre connaissance du travail de ces deux traducteurs-terminologues. Chaque fois j'ai été étonné de la qualité de leurs travaux. Seule l'excellence pouvait garantir une telle qualité. Nous savons donc par eux qu'il est possible de ne pas se laisser engloutir dans le train-train d'une routine quotidienne et d'arriver à force d'effort au sommet d'une profession. Pour cela, il leur a fallu croire à d'autres valeurs que l'importance de la rémunération.
À une époque où la terminologie a perdu bien des plumes comme profession autonome, il est bon de rencontrer des témoins qui y croient, qui sont persuadés que la qualité en traduction, en interprétation et en rédaction ne peut aller sans une terminologie exacte et rigoureuse.
Traducteurs, au secours!
Bien sûr, si, comme traducteur, on se contente des données des dictionnaires bilingues, qu'ils s'appellent Robert-Collins ou Harrap's, si on se satisfait, sans vérification ni contrôle, de ce que nous fournissent les bases de données terminologiques, si on donne valeur de vérités absolues aux équivalents proposés par les nombreux lexiques et vocabulaires du commerce, on pourra accélérer le débit de sa production, mais pourra-t-on prétendre que sa traduction est vraiment qualitative, qu'elle constitue vraiment un acte de communication? Je vous laisse répondre à cette question dans votre for intérieur. Les termes prétendument équivalents qui reposent sur une ressemblance de forme plutôt que sur une équivalence attestée des notions foisonnent dans les ouvrages bilingues. Il en est de même des équivalents proposés qui ne s'enracinent dans aucun usage, dans la spécialité concernée. L'utilisation sans contrôle de ces ouvrages introduit un brouillage dangereux dans la transmission de la communication. Bon nombre de cas de synonymie pléthorique, d'impropriétés notoires sont dus à du mauvais travail terminologique, diffusé par des traducteurs. Il est plus que jamais essentiel que le traducteur soit suffisamment compétent en terminologie pour adapter ses sources documentaires à sa situation de communication. Pour cela, il lui faut être capable de faire de la bonne terminologie et pouvoir juger de la qualité de celle qui lui est offerte. Si les utilisateurs de terminologie se montrent exigeants, il y a des chances que la terminologie reprenne des forces et qu'elle appelle l'excellence.
L'excellence, un concept élitiste
L'excellence ne sera jamais le lot de la majorité. C'est le fait d'une élite. Elle ne résulte ni d'un conditionnement social ni d'une démarche pédagogique. Elle est le fruit d'une motivation extrêmement forte. Si on accède souvent à la compétence par obligation, par une sorte d'éthique professionnelle, fort louable par ailleurs, l'excellence ne peut être le fruit que d'une détermination féroce. Certes, la compétence est de précepte. À moins de renoncer à un véritable statut de professionnel, on ne peut laisser aux autres la compétence. L'excellence, elle, est de conseil. Personne n'est tenu d'être excellent. Mais ceux et celles qui arrivent à l'être ne le regrettent jamais. Ces terminologues sont les principaux agents de progrès au sein des professions langagières.
Au cours de cet entretien, j'ai tenté d'exposer les voies d'accès à l'excellence. Les parcours sont abrupts, mais le résultat est assuré. La récompense de l'excellence, c'est la joie de l'alpiniste qui, après avoir vaincu difficilement tous les obstacles, découvre l'immensité de l'espace avec un sentiment de triomphe bien mérité. On a fêté en 1997 le 450e anniversaire de Cervantès, l'auteur de Don Quichotte, ce glorieux chef de file des « conquérants de l'inutile ». Dans notre époque qui n'a d'égards que pour l'utilité élémentaire, c'est un idéal extraordinaire que de vouloir aller au-delà de l'utile pour décrocher l'impossible étoile.
Robert Dubuc
Conférence donnée devant les étudiants de l'école des traducteurs et
interprètes de l'Université d'Ottawa
Novembre 1997