Faux projet et développement abusif
Le phénomène de l’étalement urbain a favorisé l’utilisation au Québec, et sans doute ailleurs au Canada français, de deux termes français qu’on a dénaturés sous l’influence de leur sosie anglais : projet et développement.
D’abord le cas de projet
En français, le mot projet reste attaché à l’élaboration préliminaire d’une idée, à l’étape préparatoire d’un travail. En anglais, le terme project désigne aussi le stade préliminaire de la mise en œuvre d’une idée, d’un dessein. Toutefois, dans le domaine de l’immobilier, le mot a pris une acception concrète pour désigner un aménagement immobilier résultant de l’organisation planifiée d’un secteur d’habitation sous la direction d’un promoteur. Dans ce contexte, project est une réduction de l’expression housing project. L’emprunt sémantique que nous faisons de cette expression pour la coller à la notion française de projet est une entorse peu souhaitable au profil notionnel du terme français.
Du côté de développement
Par un curieux cheminement, le terme development, toujours dans le domaine de l’immobilier, en est venu à recouper la notion concrète de project, si bien qu’on peut considérer que housing project et housing development sont devenus d’assez parfaits synonymes. Nous ne nous sommes pas contentés d’un seul emprunt, nous avons chaussé la paire. Seul le second, toutefois, a accédé au Dictionnaire québécois d’aujourd’hui (Boulanger, 1993) avec la définition suivante : « Secteur inhabité qu’un constructeur immobilier transforme en quartier résidentiel, en traçant des rues et en érigeant des maisons. » Aucune marque d’usage n’allume un feu rouge ou jaune.
En français général
Une brève incursion sur le Web nous permet de constater que cette même notion en français porte l’étiquette de lotissement. Bien sûr, à l’origine, le lotissement était la division d’un terrain en lots, mais, par extension, le terme en est venu à désigner le terrain loti, aménagé et construit sous l’égide d’un promoteur immobilier.
Et les dérivés
On ne saurait parler de cette réalité sans évoquer les agents qui lui sont reliés. Le franglais nous a légué “développeur” (de developer), mais l’étude des sites Web évoqués plus haut nous fournit une moisson plus riche.
Nous y trouvons le lotisseur, qui divise un espace en lots en vue de les revendre à des fins de construction domiciliaire ou industrielle. Il se doublera d’un aménageur si, en plus de la division en lots, il s’occupe de tracer des rues et d’y faire installer des services d’eau et d’égout. Au troisième étage de cette petite pyramide se trouve le promoteur (immobilier) qui se charge du financement et de la réalisation d’un programme de construction sur le terrain loti. On aura reconnu là notre “développeur” parasite.
En guise de résumé, je vous propose un petit lexique bilingue dont les termes anglais ont été puisés dans les sites Web consultés.
Lexique bilingue
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Land division |
lotissement (1) |
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Housing project Housing development |
lotissement (2) |
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Land divider Real estate divider |
lotisseur |
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Land developer Real estate developer |
aménageur lotisseur-aménageur |
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Property developer |
promoteur immobilier |
Référence
Boulanger, Jean-Claude, dir., 1993, Dictionnaire québécois d’aujourd’hui, 2e édition, Saint-Laurent (Québec), Dico Robert, 1273 p.
Robert Dubuc15 février 2008