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Lire, comprendre, interpréter

par
Gilles Thérien
1992



Bref aperçu



Résumé

«C'est là-dessus que je veux insister. Lire n'est pas une activité simple, pas plus qu'une simple activité.»

«La lecture littéraire ne s'établit pas sur le mode de l'échange, fantômes d'auteurs qui hantent les imaginaires de lecteurs, mais elle s'accomplit dans une perspective de décodage intime, personnel, privé, d'un objet fait de mots que l'acte de lecture entreprend de constituer, de construire.» (p.97)

«La lecture littéraire engage les affects qui deviennent indispensables à la lecture même car leur intensité va permettre au lecteur de créer des noyaux, des topoi mémoriels qui l'aideront à structurer sa démarche à travers le roman.» (p.98)

«"Comprendre" dépasse le simple niveau de la lecture parce qu'il engage à la fois les tentatives de comparaison et les activités intellectuelles de catégorisation. [...] "Comprendre" une oeuvre littéraire, ce n'est certainement pas résoudre une énigme. C'est, au sens étymologique du terme, "prendre-avec-soi" les divers fils qui se nouent et se dénouent au cours d'une oeuvre, les suivre pour arriver à créer un objet mental qui soit le résultat de notre lecture de tel ou tel livre. [...] Comprendre, c'est construire.» (p.99-100)

«les préconstruits, c'est-à-dire l'espace, le personnage, l'action et le temps. Ces préconstruits peuvent avoir un petit air kantien en ce sens qu'ils sont posés a priori par rapport à la lecture littéraire.» (p.101)

«Chaque lecteur est responsable de sa lecture, chaque lecteur crée sa propre théorie. Cela ne veut aucunement dire que lectures et théories se multiplieront à l'infini. Loin de là! [...] une "plurisémie" produite et contrôlée par l'acte de lecture.» (p.102)

«Un texte n'a pas de sens caché une fois qu'il est lu, il peut avoir d'autres sens que d'autres lectures mettront en lumière. En fait, l'interprétation du texte littéraire ressemble beaucoup à l'interprétation musicale.» (p.102-103)

«L'interprétation est d'abord une activité d'intégration qui se produit dans la durée. Elle permet au lecteur un retour actif sur son acte de lecture, une fois qu'il sait de quoi il est question. Les enjeux ne sont plus les mêmes. Il ne s'agit pas de trouver un sens à l'objet littéraire, mais bien d'y intégrer un sens pour soi. Le lecteur a le pouvoir de prendre ses lectures et de les assimiler de façon plus large dans sa culture personnelle, dans la perception qu'il a de la culture de son époque. [...] Mais ce sens ne peut être attribué à l'objet littéraire. Il est en fait le sens de la relation que l'objet littéraire entretient dans l'imaginaire du lecteur avec divers autres objets, diverses situations pas nécessairement littéraires mais qui forment son champ symbolique.» (p.103)

«Interpréter, c'est établir des relations.» (p.104)

«Dans le domaine de l'enseignement de la littéraire, il est paradoxal de vouloir enseigner des interprétations comme résultats objectifs [...]. Ce que nous pouvons faire de mieux, c'est d'apprendre à distinguer deux phases pédagogiques, celle où il faut lire et comprendre, phase qui exige du travail, de l'attention, du temps, phase aussi qui repose largement sur les savoirs de l'institution littéraire, et une seconde phase, où il est simplement utile de montrer le processus par lequel l'interprétation peut se réaliser.» (p.104)



Examen critique