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Flaubert parlait des «affres de la soudure» (transitions du récit au dialogue).
1- Regard historique
- hésitations typographiques jusqu'au XVIIIe siècle: guillemets ou italiques? Les guillemets l'emportant à la fin du 18e siècle. Rapidement jumelé à l'usage du tiret pour marquer l'alternance des locuteurs. Puis un retour au texte tout en bloc (Proust par exemple) pour s'opposer au découpage des éditeurs.
2 - Les incises
- «On désigne généralement par le mot incise les verbes déclaratifs qui introduisent les paroles au discours direct dans le roman.» (p.14)
- dit-il, répondit-il, avoua-t-il, prétendit-il, etc.
- «corps étranger introduit dans le discours direct. [...] Elles sont comme des points de suture visibles entre les différents niveaux de l'énonciation.» (p.17)
Selon Nathalie Sarraute: «l'accumulation des incises serait la pierre d'achoppement de l'écrivain contemporain.» (p.18).
«Le "et puis elle a souri" tient lieu d'incise en désignant un mouvement qui peut être lié à l'acte verbal.»
3 - La langue parlée
- Trois points de vue d'auteur: a) aucune concession à la mimésis (les personnages parlent comme l'auteur peu importe leur classe sociale); b) fonder le réalisme sur un effet d'écart, sur une différenciation des niveaux de langue; c) la contamination (le narrateur adopte la langue familière de ses personnages).
Dialogue et narration
4 - Les ruptures narratives
- le nouveau-venu: «personnage très utile au romancier, soit qu'il apporte des informations que les acteurs présents ne possèdent pas encore, soit qu'il découvre une situation dont il ne connaît ni les tenants ni les aboutissants.» (p.31)
- les lieux favorables: «les endroits clos sont généralement propices à la conversation.» (p.31)
- les marques de rupture temporelle: tout d'un coup, il cria: "Tiens! et cet homme qui cherchait de l'ouvrage!"
5 - Éléments de préparation
- pause narrative: la parole se prépare avec des regards et des gestes. «Il y a une sorte d'inscription corporelle de la parole des personnages, qui fait que les mots sont concrètement rattachés à des bouches et à des visages.» (p.33)
- effet de reprise: le dialogue répète l'information déjà fournie par la narration.
- transition par le discours indirect (et indirect libre): «Deslaurier entra. Les discours incendiaires de Sénéchal avaient inquiété son patron, et, une fois de plus, il se trouvait sans ressources (discours indirect libre). - Que veux-tu que j'y fasse? dit Frédéric.» (p.35)
- fermeture du dialogue: un personnage qui sert la main de l'autre ou qui referme une porte. «Le souci que prennent les auteurs de ménager des transitions, de préparer les fermetures, montre que, lorsqu'on est romancier, on ne reprend pas comme on veut la parole aux personnages.» (p.36)
6 - Recomposition de la conversation par la narration
«Il faut, dit Flaubert, réserver le dialogue pour les scènes importantes, car le discours direct, par sa lenteur, risque de donner trop d'importance à des éléments secondaires.» (p.39)
- la citation-illustration: fonction d'attestation, selon Barthes, «prétendument détachées du contexte conversationnel elles constituent un élément de preuve irrécusable des dires du narrateur.» (p.39) «La mise en scène de la parole est aussi une mise en scène du pouvoir dans la parole. Toute analyse du dialogue demande une grande attention aux rôles assumés par chacun dans l'échange.» (p.41)
- extraits: «La scène dialoguée, lorsqu'elle recouvre une certaine durée (une soirée, un dîner mondain), est souvent réduite à des extraits.» (p.42)
- résumé de dialogue: on discuta le prix; elle redoubla d'amabilités, etc. On s'en sert parfois pour faire «ressortir le caractère stéréotypé de la pensée, signalant un fragment de discours à la mode.» (p.45)
- le dialogue itératif: illustre un échange qui revient souvent entre deux personnages. «Même si une conversation avait lieu tous les jours, ce ne serait pas exactement la même, mais une conversation semblable à celle qu'on nous rapporte.» (p.46)
7 - Le dialogue et le rythme
«Le roman traditionnel se caractérise par la mise en oeuvre de tout ce qui peut rendre le texte plus lisible.» (p.84)
«Le dialogue est le lieu dans le roman où le sens cesse d'être certain et définitif.» (p.85)
Dialogue et mimésis de l'oral
11 - Inscription des interlocuteurs dans le dialogue
Processus de communication - Schéma de Roman Jakobson: «le message suppose un code, orienté d'un émetteur vers un récepteur, et transmet une information.» (p.88)
Le contact ou la fonction phatique de Jakobson: vérifier que le circuit de communication fonctionne. Des mots comme: «hein? dis-moi, tu sais, tu comprends, n'est-ce pas, bon dieu, etc.»
«Écouter, ce n'est pas forcément se taire, l'activité du récepteur est constante.» (p.90)
«La fonction expressive ou émotive est centrée sur le locuteur, elle désigne les traces dans le texte de l'attitude du sujet à l'égard de ce dont il parle». (p.92) Ex. "Pas du tout, Mademoiselle, non, je ne le crois pas, je parle pour moi, n'est-ce pas, et moi, il me semble que cette idée me fatiguerait".
«L'hésitation semble être une constante de la parole individuelle, la langue nous donne les outils pour la prendre en charge.» (p.93)
Les attaques de phrase: «"Eh bien, voilà, tu sais" sont des mots qui assurent le démarrage de l'énoncé (on les trouve toujours en position frontale). Ils permettent au locuteur de prendre la parole tout en réfléchissant encore à ce qu'il va dire (remplissage).» (p.93-94)
La ponctuation oralisée: "bon" sert à clore un segment d'énoncé, il est équivalent au point. "Alors" et "hein" sont souvent équivalent à l'oral au point d'interrogation. "Voyons" à la virgule ou aux points de suspension.
La fonction métalinguistique: "Comprenez-vous bien ce que je veux dire?" - permet un retour sur l'énoncé.
12 - Déroulement conversationnel
«Quand on prend la parole, il faut tenir compte de ce qui a été dit, de ce qu'on a dit soi-même et de ce qu'ont dit les autres, sinon on risque l'incohérence.» (p.97)
«Le dialogue est le lieu d'un conflit du sens et d'une rivalité de pouvoir.» (p.98)
Les tours de parole: «en général, on parle en fonction de la place qu'on occupe dans le monde, discourir est l'apanage des maîtres.» (p.99)
Les maximes conversationnelles de H.P. Grice (Communications, no 30, 1979): maxime de pertinence, maxime de quantité ("Que votre contribution contienne autant d'information qu'il est requis"), etc.
Les rapports de force: «Quand je pose une question, je fais bien autre chose qu'exprimer mon désir de savoir: j'instaure pour mon interlocuteur l'obligation de répondre, je lui assigne un rôle.» (p.102)
Les types d'interaction: dialectique (égalité des interlocuteurs, répliques de même longueur), didactique (un personnage sait et l'autre ne sait pas, dissymétrie des rapports) et polémique (parole de crise, assertions et contre-assertions).
Enchaîner les répliques - a) figures de liaison grammaticales: "Que voulez-vous dire? - Que Javert s'est suicidé." Ou la répétition d'un même patron syntaxique: "Sans toi j'étais mort! - Sans toi j'étais gobé! répondit l'autre." b) figures de liaison lexicales: reprise anaphorique d'un pronom pour alléger le dialogue. c) questions-réponses. d) enchaînement sur l'implicite ("Vous avez une belle casquette. - C'est mon ministère qui me la fournit. - Ah, moi aussi je suis fonctionnaire.") d) enchaînement par connecteurs: argumentatifs (donc, en effet, par conséquent, aussi, justement, d'ailleurs, etc.), contre-argumentatifs (mais, cependant, pourtant, etc.), ré-évaluatifs (finalement, décidément, bref, au fond, etc.).
13 - La représentation de l'oral et les limites de la mimésis
«L'écriture est linéaire, elle ne peut présenter deux choses en même temps, le roman ne peut présenter que successivement les paroles simultanées.» (p.112)
A propos des personnages ayant un accent: «Tous ces procédés n'ont rien de commun avec une vraie transcription. Dans l'ensemble, les écrivains ne sont pas des linguistes, et leurs transcriptions phonétiques ne visent pas la rigueur.» (p.117)
«la conversation littéraire n'imite pas le langage parlé, elle le construit. Le dialogue est un des points privilégiés où le roman essaie de faire croire qu'il n'est pas de la littérature.» (p.122)
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