«il n'est rien dans la recherche théorique et critique récente qui soit plus à l'ordre du jour que les études qui prennent la littéture par le côté du lecteur, de la lecture ou de la réception.» (p.354)
«le lecteur et la lecture ou les lectures (actes, procédés, techniques, etc.) ne sont pas des concepts interchangeables.» (p.355)
«Le lecteur considéré sur le plan du souhait (appelé de ses voeux par un tiers), indépendamment de sa possibilité, est le lecteur IDÉAL. [...] On appellera lecteur VIRTUEL celui dont le plan d'exitence est sa potentialité et dont les traits, les caractères et les aspects peuvent s'incarner, ensemble ou séparément, dans une pratique humaine, sans que cette incarnation ait nécessairement eu lieu ou doive nécessairement avoir lieu historiquement. [...] Le lecteur considéré sur le plan de la réalité et dont l'existence est posée indépendamment de la possibilité, pour la métalittérature, d'en rendre compte, est le lecteur EMPIRIQUE.» (p.356)
«Le lecteur empirique n'appartient pas a priori à un modèle; au contraire, il déborde des modèles, menace constamment leur intégrité, par exemple en trouvant un plaisir esthétique à la lecture de l'annuaire de téléphone. Ses seuls contours possibles sont d'ordre statistique, mais devenu chiffrable, doté d'un profil par l'école de Bordeaux, il cesse aussitôt d'être lecteur pour devenir simplement effigie de la lecture sociale.» (p.356)
«Le lecteur IDÉAL et le lecteur VIRTUEL n'étant pas des catégories du vécu, s'analysent comme productions de l'esprit et phénomènes de langage. Leur existence repose sur le support d'une voix qui n'est pas la leur: il faut les attribuer - nous dirions mieux: les autoriser, si nous ne craignions pas la confusion terminologique. Le lecteur IDÉAL peut être attribué à ou autorisé par un auteur ou un interprète. Nous appelerons le premier lecteur idéal auctoral et le second, lecteur idéal critique.» (p.357)
«Le lecteur VIRTUEL est dans le texte, appartient au texte, est un effet de texte ou une fonction du texte. Indissociable du texte, il est soit l'appellation erronée d'un modèle de lecture, soit, ce qui est plus intéressant, la projection, par le langage de la métalittérature, d'un rapport en un personnage: amant organique du texte, incarnation du narcissisme textuel.» (p.358)
«Quand le lecteur virtuel n'est pas simplement le nom d'une préstructuration potentielle de la lecture (présente dans tout texte) mais qu'il se borne cependant à une existence interne au texte, nous avons affaire au lecteur inscrit, que Jean Rousset appelle narrataire, suggérant à tort qu'il ne peut exister hors d'un récit.» (p.360)
«le lecteur inscrit devra être lu par un lecteur empirique qui jouera le ou les rôles suggérés par le lecteur virtuel.» (p.360)
«Quand on tire le lecteur virtuel soit du côté de l'interprète idéal, soit du côté du lecteur empirique, il se présente soit comme lecteur compétent (chez Culler), comme fonction-destinataire (chez Orlando), soit encore, à la frontière de l'empirisme, comme archilecteur (Riffaterre).» (p.361)
«L'archilecteur est une somme de lectures et non une moyenne» (Coste citant Riffaterre, p.363)
«Riffaterre utilise un modèle de communication à cinq termes (encodeur, message, décodeur, code, contexte)» (p.364)
«Dans la Production du texte le lecteur est devenu protéiforme, tour à tour virtuel, actuel et idéal, ce qui traduit sans doute une vive conscience de l'insuffisance et du porte-à-faux du lecteur empirique et peut-être la prescience qu'un modèle satisfaisant de la communication littéraire devrait faire intervenir les trois plans d'existence du lecteur.» (p.364)
Avec Culler, Didier Coste s'intéresse au concept de "compétence littéraire" du lecteur idéal, qu'il appelle aussi l'analyste. Mais Coste semble se montrer critique: «la compétence cullérienne refuse la concurrence ou la compétition et son lecteur compétent finit par se détruire lui-même puisqu'il ne peut s'incarner qu'en son propre inventeur» (p.368)