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Rhétorique de la lecture

par
Michel Charles
1977



Bref aperçu



Résumé
Avant-propos

«Il s'agit d'examiner comment un texte expose, voire "théorise", explicitement ou non, la lecture ou les lectures que nous en faisons ou que nous pouvons en faire; comment il nous laisse libres (nous fait libres) ou comment il nous contraint.» (p.9)

«La lecture est une relation: on ne peut qu'artificiellement isoler le livre et le lecteur. [...] La lecture fait partie du texte, elle y est inscrite.» (p.9)

«Or, poser le problème de la lecture, c'est inévitablement envisager un processus où des forces sont en jeu.» (p.10)

I - Ouvertures croisées

« Que ne puis-je regarder à travers ces pages séraphiques le visage de celui qui me lit. » Lautréamont

J’ai parlé, dans le cas de Rabelais, d’un modèle exégétique et d’un modèle pictural : le premier motive la lecture en lui donnant un but : la découverte d’un sens caché; le second déçoit cette interprétation dans la mesure où il valorise les relations formelles entre les différents éléments coprésents. J’ai proposé, à propos de Lautréamont, une distinction entre discours interprétable et discours descriptible : le premier pose des relations in praesentia entre des éléments « figurés » et des éléments supposés « littéraux »; le second articule une série d’éléments supposés « figurés » mais non déchiffrables selon le code donné précédemment. Les procédures sont donc différentes dans un texte et dans l’autre. p. 61

Le détour par Platon n’a pas ici d’autre fonction que de montrer la solidarité de la poétique et de la rhétorique, ou le passage de l’une à l’autre. p.75

Lorsque Aristote écrira sa Poétique, il ne pourra le faire qu’à deux conditions : ordonner un métalangage de la poésie (imitation, vraisemblance...) susceptible de fonder une « objectivité » de l’examen du discours poétique, c’est-à-dire de le définir comme objet; constituer « en même temps » une rhétorique capable de maîtriser les effets du discours. On sait que, chez Aristote, la poétique et la rhétorique communiquent par la théorie de la lexis (de l’élocution), partie essentielle de l’édifice rhétorique dans la mesure où elle est un élément de la persuasion particulièrement efficace si l’on tient compte de la « réalité » de l’auditeur (séduit par les mots et leur diction autant que par l’argumentation). p.76

La « renaissance » de la poétique, avec Valéry et Jakobson, a permis d’en définir la spécificité, mais son rapport à la rhétorique est resté indéterminé, si du moins l’on considère que l’utilisation par la poétique d’instruments rhétoriques ne résout en rien la question. Si Valéry entendait par poétique « tout ce qui a trait à la création ou à la composition d’ouvrages dont le langage est à la fois la substance et le moyen, - et point au sens restreint de recueil de règles ou de préceptes esthétiques concernant la poésie », il eût pu tout aussi bien proposer le terme de rhétorique. p.77

II - La rhétorique comme art de lire

Le caractère péremptoire du proverbe, l’« autorité » du lieu commun, sont en fait une « mise en demeure » : le proverbe, le lieu commun n’expliquent rien, ils sont à expliquer. p.117

On a justement marqué que le XVIIe siècle voyait se substituer à une rhétorique décorative (« art de bien dire »), une rhétorique fonctionnelle (« art de persuader » et d’émouvoir). p.160

III - La lecture dans le texte

La lecture est dans le texte, mais elle n’y est pas écrite; elle en est l’avenir. Située à la place laissée vide (la place « à prendre »), la lecture est dans les failles et les brisures, non dans les apartés critiques. p.247

Citant Montaigne : « Un suffisant lecteur descouvre souvant és escrits d’autry des perfections autres que celles que l’autheur y a mises et apperceües, et y preste des sens et des visages plus riches. » Montaigne, Essais, p. 127, Villey, 1965.




Examen critique