L'univers du conte québécois du XIXe siècle
Dans son essai de bibliographie critique, publié en 1975, Aurélien Boivin, de l'Université Laval, a fait le dépouillement de tous les journaux québécois du XIXe siècle auxquels il a pu avoir accès et a répertorié 1138 contes ! Les quelques rares recueils de contes qui ont été publiés au XIXe siècle ne laissaient pas entrevoir que la production avait été en fait si considérable. Boivin a classé ces contes en trois catégories : les contes surnaturels, les contes anecdotiques et les contes historiques. Les plus connus, parce qu'ils sont assurément les plus captivants, sont les contes surnaturels. Ceux-ci ne sont pourtant pas majoritaires au sein de la production globale, on n'en compte que 130 parmi les 1138 qui figurent dans la bibliographie de Boivin, soit à peine un peu plus de 10 % du corpus. Mais ils sont de loin les seuls qui comptent vraiment aujourd'hui, les seuls qui aient gardé un attrait auprès du public, sans doute par leur capacité à stimuler l'imaginaire.
Plusieurs auteurs du XIXe ont eu, en matière de contes surnaturels, une production intéressante, si ce n'est en qualité, du moins en quantité : Louis Fréchette (23 contes surnaturels), Pamphile Lemay (10), Firmin Picard (6), Joseph-Charles Taché (6), Charles-Edmond Rouleau (5), Louis-Honoré Beaugrand (4), N.-H.-É. Faucher de Saint-Maurice (4). L'anthologie qu'Aurélien Boivin a fait paraître aux éditions Fides en 1987 contient vingt-cinq des meilleurs textes ; les lecteurs intéressés la trouveront facilement sous le titre Le conte fantastique québécois au XIXe siècle.
Les contes québécois du XIXe siècle sont en réalité, pour la plupart, des versions écrites de légendes populaires qui circulaient depuis longtemps à l'oral. Une grande partie de ces récits ont été mis sur papier soit par soucis de préservation soit simplement pour amuser les lecteurs de journaux.
Dans les années 1860 et jusqu'à la fin du siècle, la mode littéraire était à la sauvegarde de la mémoire collective. Le mouvement romantique cherchait à faire ressortir le génie national de chaque peuple, en puisant entre autres dans son folklore. En Europe, les frères Grimm avaient donné l'exemple en publiant, plusieurs années auparavant, leurs désormais célèbres recueils de contes. Au Québec, L'abbé Henri-Raymond Casgrain, entouré d'une poignée d'auteurs, allait se lancer dans une entreprise similaire, avec une intention patriotique claire puisqu'il s'agissait en même temps de réagir à l'insulte de Lord Durham, qui avait affirmé que le peuple Canadien-français n'avait ni histoire ni littérature.
L'entreprise encouragée par Casgrain n'a cependant pas connu un grand succès. Seulement quelques rares recueils de contes ont été publiés. Avec l'arrivée du XXe siècle, les ethnologues et les folkloristes ont pris la relèvent ; non plus avec l'intention de forger une littérature nationale à partir des légendes traditionnelles, mais vraiment seulement dans un dessein d'archivage. Les écrivains se sont alors temporairement détournés des contes populaires.
La fin du XXe siècle a amené des universitaires québécois à revoir le corpus folklorique du Canada français sous un nouvel angle. On fait maintenant des contes populaires et des légendes traditionnelles les ancêtres de la littérature fantastique québécoise contemporaine. Les récits où figurent revenants, loup-garou, diable ou chasse-galerie, sont désormais appelés « contes fantastiques », même si dans les faits il serait plus juste de conserver l'appellation « contes surnaturels ». Mais au fond, quel que soit le nom qu'on donne à ces histoires à faire peur, l'important est que l'on continue de s'y intéresser.
Les conteurs
Les thèmes
Les spécialistes du conte québécois du XIXe siècle
- Aurélien Boivin, Université Laval
- Père Germain Lemieux, fondateur du Centre Franco-Ontarien de Folklore, à l'Université de Sudbury
- Maurice Lemire
- Marius Barbeau
- Jean Du Berger, Université Laval
- Édouard-Zotique Massicotte
- Luc Lacourcière, fondateur des Archives de Folklore de l'Université Laval
Honoré Beaugrand
Notice biographique : Né à Lanoraie en 1848, Beaugrand fait son cours classique au Collège de Joliette, d'où il est expulsé en 1865. Il fréquente alors pour une courte période le manège militaire de Montréal, avant de partir pour le Mexique avec son ami Faucher de Saint-Maurice et rejoindre l'armée française. Blessé plusieurs fois, emprisonné par les Mexicains, il réussit à s'échapper. En 1867, il part pour la France qu'il doit quitter précipitamment à cause d'activités antigouvernementales. En 1869, après quelques mois en Nouvelles-Orléans, il retourne au Mexique et devient comptable-interprète pour la compagnie de chemin de fer de Vera Cruz. En 1873, il se fixe à Fall River (Mass.) et fonde un journal, L'Écho du Canada. La même année, il épouse une jeune Américaine, Eliza Walker. Il vend son journal au printemps de 1875 et voyage dans l'Ouest des États-Unis. En septembre, il fonde un autre journal à Fall River, La République, dans lequel il publie notamment les premiers chapitres d'un roman de l'émigration, Jeanne la fileuse, et son credo de franc-maçon, en janvier 1878, qui lui vaut des critiques acerbes. La République cesse de paraître en février, et Beaugrand déménage à Ottawa où il fonde un nouveau journal, Le Fédéral, qui dure seulement quelques mois. Il s'installe à Montréal à l'automne, fonde un journal humoristique, Le Farceur, et, l'année suivante, La Patrie, journal libéral dont le succès lui permet de se lancer en politique. Il est maire de Montréal en 1885 et 1886 (à l'âge de 37-38 ans). Il publie plusieurs essais et des récits de voyages qui consignent les souvenirs de sa vie mouvementée et traitent souvent avec originalité de sujets d'actualité sociale. Il se rend à Londres en 1896 comme délégué de la Chambre de commerce de Montréal. En 1897, il vend La Patrie à Israël Tarte, voyage, et accroît considérablement sa fortune dans la haute finance. Il meurt en 1906 à l'âge de 58 ans.
Oeuvres : Romancier, essayiste et journaliste, Beaugrand a aussi écrit des contes dont le plus célèbre demeure «La Chasse-galerie», parue d'abord dans La Patrie, le 13 décembre 1891, et réimprimée plusieurs fois. Ce titre devient celui d'un recueil de contes publié en 1900.
- Le Vieux Montréal, 1611-1803, Montréal, 1884.
- Jeanne la fileuse. Épisode de l'émigration franco-canadienne aux États-Unis (roman), Fall River, 1878, 301 p.; Fides, 1980, 312 p.
- De Montréal à Victoria par le transcontinental canadien (conférence), Montréal, 1887, 52 p.
- Mélanges, Trois conférences: 1. De Montréal à Bictoria, 2. Le Journal: son origine et son histoire, 3. Anita: souvenirs d'un contre-guérillas, Montréal, Les Presses de La Patrie, 1888, 52 p.
- Lettres de voyage, France-Italie-Sicile-Malte-Tunisie-Algérie-Espagne, Montréal, La Patrie, 1889, 350 p.
- Six mois dans les Montagnes rocheuses, Colorado, Utah, Nouveau-Mexique, Montréal, 1890, 324 p. Préface de Louis Fréchette.
- La Chasse-galerie, légendes canadiennes, Montréal, 1900, 123 p.; Fides, 1979, 107 p.
- New Studies of Canadian Folklore, Montréal, 1904, 130 p.
- Anita, souvenirs d'un contre-guérillas (roman), 36 p.
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[Les informations ci-dessus ont été extraites du Dictionnaire des auteurs de langue française en Amérique du Nord, Fides, 1989.]
Louis Fréchette
![[Photo de Fréchette]](../images/frechett.gif)
Notice biographique :
Oeuvres :
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N.-H.-É. Faucher de Saint-Maurice
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Pamphile Lemay
Notice biographique :
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