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ANNÉE |
ÉVÉNEMENTS |
1840 |
— Proclamation de l'Acte d'Union. Suite à la recommandation de lord Durham (qui conclut qu'il faut procéder à l'assimilation intégrale de la collectivité canadienne-française), l'Angleterre unie le Haut-Canada et le Bas-Canada ; le pays tout entier est désormais sous la tutelle d'un seul gouverneur. L'Acte donne au Haut-Canada, presque exclusivement anglais et moins peuplé, le même nombre de députés qu'au Bas-Canada ; il fait aussi de l'anglais la seule langue officielle. Lord Durham prévoit que les anglophones seront bientôt plus nombreux, qu'ils domineront ainsi l'Assemblée. — Le Canada-Uni compte 500 000 anglophones et 600 000 francophones. De 1850 à 1860, plus de 250 000 immigrants arrivent au Canada. — L'Acte d'Union fait que les « Bristish Americans » adoptent graduellement le nom « Canadians » que les habitants d'origine française se réservaient depuis le XVIIe siècle ; en réaction, ceux-ci commencent donc à s'appeler les « Canadiens français ». — Le Canada compte quelque 200 paroisses. — La moitié des seigneuries appartiennent à des Britanniques. — Mgr Bourget devient évêque de Montréal à 41 ans. Aussitôt, il fonde la revue Mélanges religieux pour voir à la défense des intérêts de l'Église ; la revue paraît jusqu'en 1852, année où le feu détruit ses installations. Mgr Bourget est un ultramontain, il croit que l'Église doit dominer l'État. |
1841 |
— L'Acte d'Union, sanctionné le 23 juillet 1840, entre en vigueur le 10 février 1841. Les deux Canadas, désormais réunis en Province du Canada-Uni, ont chacun 42 députés, bien que le Bas-Canada compte 650 000 habitants et le Haut-Canada 450 000. John Neilson, député et rédacteur de la Gazette de Québec, combat le projet d'union, mais lorsque l'union devient un fait accompli, les francophones se regroupent autour de Louis-Hippolyte La Fontaine, un réformiste modéré, qui veut tirer le meilleur parti possible de cette nouvelle configuration politique. Les réformistes anglophones s'associeront aux réformistes francophones pour réclamer la responsabilité ministérielle. — Kingston devient la capitale du Canada-Uni ; le gouvernement y siégera pour les deux prochaines années. — On commence la canalisation du Saint-Laurent que les hommes d'affaires du Haut-Canada réclamaient depuis longtemps. Les travaux se termineront en 1847. |
1838-1849 |
— Époque de résistance. C'est ainsi que Jeanne d'Arc Lortie et Yolande Grisé nomment cette période. C'est en effet entre 1838 et 1849 que le désir des Britanniques d'assimiler les francophones a été le plus manifeste (suite au rapport Durham) ; l'instauration du gouvernement responsable en 1848 mettra fin à cette situation. La Poésie de cette période sera une poésie engagée : c'est l'influence du courant romantique qui reconnaît une mission sociale au poète. |
1842 |
— En janvier, Charles Bagot arrive au Canada à titre de nouveau gouverneur. Il remplace lord Sydenham (Poulett Thompson). — Le poète Charles Lévesque a 25 ans. Il se marie cette année-là, mais perdra sa femme l'année suivante, morte en accouchant. Cette perte l'affectera beaucoup psychologiquement. Toute son oeuvre sera d'ailleurs imprégnée par des images de la Canadienne idéalisée, patriotique et religieuse. Il est très marqué par l'idéal humanitaire du Français Lamennais et par le style de Gérard de Nerval ; il défend de plus les morts de 1838, qu'il présente comme des martyrs. Il meurt en 1859, on croit qu'il s'est suicidé. — Étienne Parent, journaliste important depuis plus de dix ans, est forcé de quitter la direction du Canadien ainsi que son poste de député à cause d'une grave surdité qu'il aurait contractée lors de son séjour en prison suite aux événements de 1837-38. Il sera désormais conférencier et il occupera des postes importants au sein de la fonction publique. Ses conférences porteront entre autres sur l'industrie, la politique, l'éducation et le développement intellectuel des Canadiens français. — À l'étranger : Eugène Sue, âgé de 38 ans, commence à faire paraître un roman-feuilleton qui connaîtra un triomphe en France, Les Mystère de Paris. |
1843 |
— Fondation, à Québec, de la Société scientifique et littéraire, par Auguste-S. Soulard (un fervent romantique) et ses amis. — Montréal devient la capitale du Canada-Uni, le Parlement vient y siéger. La ville devient donc le centre de l'activité politique, littéraire et commerciale. — On se bat pour l'obtention d'un gouvernement responsable. Les gouverneurs Charles Bagot et lord Elgin y sont favorables (comme l'était lord Durham), mais Ch. Poulett Thomson (lord Sydenham) et James Metcalfe s'y opposent. — Une grève tourne mal à Beauharnois, les troupes britanniques tuent vingt grévistes. De 1843 à 1879, on comptera 61 grèves au Québec. Puis entre 1880 et 1895, 102 grèves. — Dans le diocèse de Québec, on compte trois séminaires solidement établis : celui de Québec, celui de Nicolet et celui de Sainte-Anne-de-la-Pocatière (fondé en 1827). On y dénombre aussi 145 églises ou chapelles. |
1844 |
— Joseph Doutre, âgé de 19 ans, publie son roman Les Fiancés de 1812. Il aurait été inspiré par la lecture de Dumas et de Sue. — Antoine Gérin-Lajoie, âgé de 20 ans, fait paraître son poème « Un Canadien errant » le 4 juin. Il sera aussi l'auteur de Jean Rivard (1862 et 1864), roman constitué de deux parties et qui est considéré comme le roman le plus lu du XIXe siècle au Québec. — On fonde l'Institut canadien de Montréal en décembre de cette année. Il s'agit à l'origine d'un regroupement culturel, mais qui deviendra bientôt une force politique non négligeable. Son journal, l'Avenir, sera la voix des Rouges de Louis-Joseph Papineau, représenté d'abord par son neveu Louis-Joseph Dessaules. — À l'étranger : L'inventeur du télégraphe, l'Américain Samuel F. B. Morse, à 53 ans, voit la première ligne télégraphique relier deux villes sur une base permanente. — Les pères Oblats reviennent au Canada. |
1845 |
— Le 24 mai, Le Fantasque de Napoléon Aubin publie son dernier numéro. Lorsqu'il recommencera à paraître, entre juin 1848 et février 1849, Le Fantasque ne sera plus l'oeuvre uniquement d'Aubin, et il n'aura plus la même verve mordante. En 1851, Aubin quittera le Canada pour les États-Unis, il ne collaborera donc pas au Fantasque que l'on fera paraître pendant quelques mois entre 1857 et 1858. — En août paraît le premier tome de l'Histoire du Canada de François-Xavier Garneau, qui a alors 36 ans. Deux autres tomes s'ajouteront à l'oeuvre dans les années suivantes. Garneau travaillera ensuite à compléter et à améliorer cet ouvrage jusqu'en 1859, alors que paraîtra la troisième édition. — Retour de plusieurs exilés, suite aux événements de 1837-38. En 1849, lord Elgin fera voter une amnistie générale. — La Revue canadienne fait paraître son premier numéro. Elle deviendra bientôt l'organe officieux de l'Institut canadien de Montréal, puis cessera de paraître en 1848. — Un incendie fait rage dans le quartier Saint-Roch, à Québec. Plus de 1600 maisons sont détruites et 3000 ateliers, boutiques et dépendances. En 1846, une trentaine de jours plus tard, le même quartier sera de nouveau ravagé par le feu, ainsi que le faubourg Saint-Jean. |
1846 |
— Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, à 26 ans, publie en feuilleton son roman Charles Guérin, de février 1846 à mars 1847, dans L'Album littéraire et musical de la Revue canadienne. Il le publie en entier et de façon indépendante en 1853. — Patrice Lacombe, à 39 ans, publie son roman La terre paternelle, dans L'Album littéraire et musical de la Revue canadienne. — Londres annonce l'abolition de ses « Corn Laws » qui favorisaient jusqu'ici le blé canadien. La métropole diminue aussi l'avantage qu'elle accordait au bois du Canada. Tout cela provoque une série de faillites en chaîne dans la colonie. La ville de Québec sera touchée comme jamais, en plus de subir deux gigantesques incendies. On estime à 40 000 le nombre de Québécois qui vont émigrer aux États-Unis pour trouver de l'emploi entre 1840 et 1850. — En octobre, James Bruce, lord Elgin, devient gouverneur du Canada-Uni. |
1847 |
— La venue en 1847 du gouverneur Elgin (suite à un changement de gouvernement et de politique en Angleterre) permet de donner au pays un gouvernement responsable, avec comme premiers ministres Louis-Hippolyte LaFontaine et Robert Baldwin qui forment le Parti réformiste. — Le poète Joseph Lenoir-Rolland a 25 ans ; il jouit déjà d'une popularité comparable à celle qu'aura Crémazie dans dix ans. Cette année-là, il dénonce comme transfuges Denis-Benjamin Viger et Joseph-Guillaume Barthe, passés selon lui au service des Anglais. En 1851, Lenoir prendra parti pour Papineau, contre La Fontaine. Au-delà de sa partisanerie politique, il s'attachera, sous l'impulsion romantique de la France, à défendre les droits du peuple. — Fondation à Montréal, le 16 juillet, du journal L'Avenir, par Jean-Baptiste-Éric Dorion. Le journal est libéral radical et anticlérical (à l'instar du journal L'Avenir de France, créé par Lamennais). Au début, il défend un projet de fédération des provinces anglaises d'Amérique, mais très vite il réclame l'indépendance du Bas-Canada, puis, à partir de 1849, il prône l'annexion du Bas-Canada aux États-Unis. L'un des poètes porte-parole du journal, le plus connu peut-être et le plus productif : Joseph Lenoir. L'Avenir est l'organe de presse de l'Institut canadien de Montréal, il sera suspendu quelques mois en 1852. — 1847-48 : une épidémie de typhus frappe les immigrants irlandais. Environ un tiers des 60 000 en quarantaine à Grosse Île vont mourir. — On fonde le Collège des médecins du Bas-Canada. Dorénavant, les futurs médecins devront fréquenter des écoles de médecine et passer des examens. |
1848 |
— Instauration du gouvernement responsable : le gouverneur Elgin invite La Fontaine à former le nouveau Conseil exécutif. — Mgr Guigues fonde à Bytown un collège pour garçon, qui deviendra l'Université d'Ottawa. Il confie la direction de l'établissement aux Oblats, qui garderont le contrôle jusqu'en 1965. Le collège se loge d'abord dans l'Académie De La Salle, puis en 1856 il s'installe définitivement dans le quartier de la Côte-de-Sable, avec à sa tête le père Joseph-Henri Tabaret. — James Huston, à 28 ans, fait paraître une partie de son Répertoire national, qui se veut un recueil des « meilleurs écrits publiés en Canada ». En 1850, il aura fait paraître les quatre tomes de son anthologie. |
1849 |
— Les habitants du Bas-Canada qui avaient subi des pertes lors de la Rébellion reçoivent une indemnité du gouvernement réformiste de La Fontaine (les habitants du Haut-Canada avaient déjà obtenu la leur). Les marchands britanniques se révoltent contre la « French Domination » et incendient le parlement de Montréal le 25 avril. Par la suite, se voyant abandonnés par Londres, les marchands vont prôner l'annexion du Canada-Uni aux États-Unis. — Des émeutes paysannes éclatent un peu partout contre l'instruction obligatoire et les taxes scolaires. — Georges Boucher de Boucherville publie son roman d'aventures Une de perdue, deux de trouvées. — Napoléon Aubin est rédacteur du Canadien Indépendant, journal qui ne vivra que cinq mois, pendant lesquels il fera la promotion de l'annexion du Canada aux États-Unis, en collaboration étroite avec L.-J. Papineau. Deux journaux du Haut-Canada verront le jour pour appuyer le mouvement d'annexion, l'Ottawa Argus et le Independent Canadian. L'année suivante, Aubin lance la Sentinelle du Peuple, pour continuer de faire circuler l'idée d'annexion, mais le journal disparaît après seulement quatre mois d'existence. — Robert Baldwin et Louis-Hippolyte Lafontaine retirent le droit de vote aux femmes. — Les pères Jésuites reviennent au Canada. — Nouvelle épidémie de choléra au Québec. |
1850 |
— Le 20 mars, se tient à Québec une assemblée où l'on dénonce le système seigneurial. Les collaborateurs de l'Avenir, ainsi que Napoléon Aubin, y participent, mais L.-J. Papineau, seigneur de Montebello, refuse de remettre en question le système seigneurial. — Un comité d'évêques en délibération à Montréal publie en mai son rapport dans lequel on peut lire entre autres : « le journalisme est une puissance formidable, dont l'enfer se sert malheureusement avec trop de succès, pour empoisonner le monde de ses doctrines impies et corrompues. » Dans la même circulaire, les évêques encouragent les paroisses à mettre sur pied des bibliothèques pour mieux contrôler les lectures des fidèles. « Ne laissez entrer dans vos maisons aucun de ces mauvais livres que l'enfer vomit tous les jours de ses entrailles embrasées. » — 1850-1855 : La crise économique au Canada s'achève, grâce à une hausse des prix, commandée par une forte demande européenne en produits forestiers et en céréales. L'exode vers les États-Unis des années précédentes a mis à la mode, dans les oeuvres littéraire, le thème de la charité et celui de la colonisation des terres plus au nord. — Grâce à l'obtention du gouvernement responsable, un certain calme règne sur la scène politique canadienne. Les poètes se tournent alors vers la scène internationale. — La population de la ville de Montréal est de 60 000 personnes, elle sera de 90 000 en 1861. — 1850-1870 : Pendant ces années, va s'installer une nouvelle idéologie au Canada français. D'abord, on dira que le catholicisme est le premier élément de la nationalité canadienne-française ; puis, que le peuple canadien-français a une vocation agricole. |
1851 |
— Population de la ville de Québec : 45 000 habitants ; alors que Montréal compte 57 000 personnes. De 1851 à 1861, la population du Québec s'accroît de 25 % ; ce taux baissera considérablement dans les années suivantes. — C'est à partir de cette année que les anglophones forment le groupe linguistique majoritaire au Canada. Quant aux immigrants, ceux qui ne sont pas nés au Bas-Canada, ils représentent 11 % de la population. Cette proportion descendra à 7 % en 1901. — De 1850 à 1860, plus de 250 000 immigrants arrivent au Canada. — George Brown, le rédacteur du puissant journal torontois The Globe, dénonce l'attitude des ministres canadien-français qui refusent de modifier la relation entre l'Église et l'État. Aux élections, les Réformistes sont reportés au pouvoir, avec désormais à leur tête Francis Hincks et Augustin-Norbert Morin, qui font face aux Rouges du Bas-Canada et aux Clear Grits du Haut-Canada. — Le programme de construction ferroviaire du Grand Tronc est officiellement créé cette année-là. — À l'étranger : L'Américain Herman Melville, âgé de 32 ans, publie Moby Dick ou la Baleine blanche. |
1852 |
— Fondation de l'Université Laval, la première université française en Amérique. — Une épidémie de choléra frappe Québec où le siège du gouvernement vient d'être transféré en vertu d'un principe d'alternance avec Toronto. — Octave Crémazie a 25 ans. Il s'attache à définir l'âme du peuple canadien, âme qui tire toute sa richesse, selon lui, de sa parenté directe avec la France. L'année précédente, il est allé en Europe, il y a pris la conviction que le destin des nations suit la volonté de Dieu. Il retournera en France en 1854 et en 1856. Fin 1862, Crémazie s'embarquera définitivement pour la France afin d'éviter la prison. Il connaîtra 16 années d'exil pénible et il mourra dans la solitude en 1879. — On dénombre un peu moins que 5000 habitants à Trois-Rivières. — Grave incendie à Montréal, 1100 maisons sont détruites. — Le journal le Pays prend la relève du journal L'Avenir comme organe des libéraux. — En France, 1852-70, Second Empire. Suite à un coup d'État, Louis-Napoléon Bonaparte se fait proclamer Napoléon III, empereur de France. Bien que le début du Second Empire connaisse une période de prodigieux essor économique, il prend fin en 1870 suite (comme pour le Premier) à de cuisants échecs militaires. Puis on instaure la IIIe République, qui dure de 1870 à 1940 (elle se termine avec la défaite de la France face à l'Allemagne durant la deuxième guerre mondiale). |
1853 |
— Joseph-Guillaume Barthe, âgé de 37 ans, est envoyé en France par l'Institut canadien pour renouer des liens avec les Français. Il sera en partie responsable de la venue de la corvette française La Capricieuse deux ans plus tard. — Napoléon Aubin quitte le Québec pour les États-Unis. Il ne reviendra que dix ans plus tard, en 1863, alors qu'on le trouvera bientôt à la tête de la Tribune, organe politique de l'administration Macdonald-Dorion (Antoine-Aimé Dorion, le frère de celui qui a fondé l'Avenir, est un libéral radical qui s'inspirait de Papineau). — Les Réformistes de Hincks et Morin font adopter un projet de loi qui fait passer de 84 à 130 le nombre de députés. — Création de la Société historique de Montréal (à Québec, il y a déjà la Société littéraire et historique de Québec). Dans le domaine des recherches historiques, le nom de Jacques Viger, qui a 66 ans à ce moment, est à l’avant-plan. Jacques est le cousin de Denis-Benjamin ; il a été, dans sa jeunesse, rédacteur du Canadien. Bibaud et Labrie, comme bien d’autres, n’ont pas manqué de consulter Jacques Viger pendant qu’ils travaillaient à leur histoire du Canada. |
1854 |
— Le Français Adolphe Marsais arrive au Canada. Dès ses cinq premières années au pays, il compose une centaine de chansons versifiées pour souligner la beauté des paysages canadiens. Pendant vingt ans, il parcourt toute la vallée laurentienne, louangeant des types individuels : le curé, le seigneur et surtout l'habitant. Marsais domine la production littéraire de 1854 à 1855, du moins en terme de quantité. — En décembre, abolition du régime seigneurial. — Entre 1854 et 1859, le Français H.-E. Chevalier, arrivé au Canada dans la vingtaine, fait paraître trois romans qui ne retiendront pas l'attention : La Huronne, L'Héroïne de Châteauguay et Le Pirate du Saint-Laurent. Il retourne en France en 1860, où il publie des romans sur le modèle des oeuvres d'Alexandre Dumas, d'Eugène Sue et de Fenimore Cooper. Pendant son séjour au Canada, il aura été rédacteur à la Ruche littéraire. — La guerre de Crimée provoque l'exclusion du blé russe du marché britannique. Dans les prochaines années, la vente du blé canadien n'aura jamais été aussi bonne. Au même moment, le développement du réseau ferroviaire d'est en ouest assurera la prospérité économique. |
1855 |
— C'est en juillet 1855 qu'est venue au Canada La Capricieuse, bateau de France, chargé de livres, surtout d'oeuvres des Romantiques. Cette venue est rendue possible grâce à un rapprochement entre la France et l'Angleterre qui sont alliées contre la Russie dans la guerre de Crimée. — Contrairement à la majorité, Joseph Lenoir se montre peu enthousiaste face à La Capricieuse, car elle symbolise pour lui Napoléon III, celui qui a aidé à écraser les mouvements de libération des peuples d'Italie et de Pologne. Lenoir tient un discours presque socialiste, contre les riches, pour les pauvres et les ouvriers. Mais en 1856, il n'est plus le virulent porte-parole de l'Institut canadien ; il se détache des libéraux et des polémiques. C'est qu'il travaille au Bureau de l'Instruction publique, grâce à son ami Chauveau (devenu ministre en 1851) ; il lui faut donc se modérer dans ses prises de position. — Après sa défaite, Augustin-Norbert Morin se retire, cédant la direction des députés réformistes du Bas-Canada à Étienne-Pascal Taché, qui s'entoure du conservateur Joseph Cauchon (rédacteur du Journal de Québec) et de l'ex-patriote devenu avocat du Grand Tronc, George-Étienne Cartier. Les réformistes ont comme opposition l'union des Grits et des Rouges, dirigée par George Brown, le champion de la séparation de l'Église et de l'État, ainsi que du « Rep by Pop » qui accorderait plus de députés au Haut-Canada. — En octobre, le gouverneur Edmund Head rappelle publiquement la supériorité présumée de la race anglo-saxonne sur celle des Canadiens français. — Entrée en vigueur, pour dix ans, d'un accord de réciprocité avec les États-Unis, ce qui permettra d'accroître les exportations canadiennes. |
1856 |
— Octave Crémazie publie « Les Morts », poème qu'il considère comme sa meilleure pièce. Six années plus tard, à la veille de son départ définitif pour la France, il fera paraître la première partie de sa « Promenade des trois morts » dans Les Soirées canadiennes. Les deux autres parties ne seront jamais composées. Crémazie s'inspire ici de Shakespeare, de Dante, de Byron, de Goëthe et de Théophile Gautier. — À l’étranger : Baudelaire traduit et publie Histoires extraordinaires d’Edgar Poe ; l’année suivante il fait paraître ses Nouvelles histoires extraordinaires. |
1857 |
— Ottawa devient la capitale nationale, suite à une décision de la reine Victoria qui veut mettre fin à la rivalité entre Montréal et Toronto. — Étienne-Pascal Taché prend sa retraite, laissant la direction des Réformistes à George-Étienne Cartier qui maintient l'alliance avec les Conservateurs haut-canadiens du leader tory, Allan MacNab, récemment remplacé par John A. Macdonald. — Début d'une crise économique au Canada, qui touchera davantage le Haut-Canada. — En février, Hector-Louis Langevin, Alfred Garneau et Joseph-Charles Taché fondent le Courrier du Canada, journal conservateur et ultramontain, qui paraîtra jusqu'en 1901. Thomas Chapais (1858-1946), fils d'un des pères de la Confédération et défenseur de l'orthodoxie, en sera le principal rédacteur pendant une vingtaine d'années, à la fin du siècle. — À l'étranger : Gustave Flaubert, à 36 ans, publie Madame Bovary, alors que Charles Baudelaire, à 36 ans aussi, fait paraître Les Fleurs du mal. La même année, Lamartine, à 67 ans, publie « la Vigne et la Maison », un de ses derniers poèmes. |
1858 |
— Octave Crémazie fait paraître son « Drapeau de Carillon » qui lui vaudra le titre de « poète national ». Sur une période de six ans, 1856-1862, Crémazie compose 24 poèmes. — Mgr Bourget condamne l'Institut canadien de Montréal. |
1859 |
— Retour du gouvernement à Québec. — L'Anglais Charles Darwin publie son ouvrage: De l'origine des Espèces par voie de sélection naturelle, dans lequel il expose sa théorie de l'évolution des êtres vivants. |
1860 |
— À ce jour, on ne dénombre qu'une dizaine de romans publiés au Québec. On dit de ces jeunes romanciers que leur « courage dépasse de beaucoup [leur] talent littéraire » (Arsène Lauzière). À partir de 1860, les romanciers commencent à s'inspirer de l'Histoire du Canada de Garneau, dont la troisième édition retouchée est parue l'année précédente : les romans historiques remplacent les romans d'aventures comme genre à la mode. |
1861 |
— Au début de l'année, publication de la revue Les Soirées canadiennes, dont les collaborateurs seront entre autres L.-H. Fréchette (24 ans), J.-C. Taché (41 ans), H.-R. Casgrain (30 ans), Chauveau (41 ans), Gérin-Lajoie (37 ans) et Pamphile Le May (24 ans). La même année, l'abbé Casgrain publie ses Légendes canadiennes. L'année suivante, on lance Le Foyer canadien, alors que J.-C. Taché essaie de continuer seul Les Soirées. — À Québec, 40 % de la population est anglophone. À travers tout le Bas-Canada, seulement 15 % de la population habite en ville, c'est-à-dire à Montréal ou à Québec. Les autres villes québécoises sont petites, ne comptant que de 1000 à 4000 habitants. Montréal compte cette année-là 90 000 habitants contre 50 000 pour Québec. Près de 25 % des habitants de l'ensemble du Bas-Canada sont anglophones, une proportion qui n'avait encore jamais été aussi élevée et qui ira par la suite en diminuant. Les Irlandais constituent le groupe le plus important d'anglophones ; ils sont catholiques, tandis que les Britanniques sont protestants. — 1861-1871 : la population du Québec s'accroît de 7 %, alors que celle du Canada s'accroît de 39 %. Population du Québec en 1861 : 1 200 000 habitants. — Aux États-Unis : Guerre de Sécession américaine de 1861 à 1865. Cause principale : l'esclavage des Noirs ; le Nord était contre, mais l'économie du Sud en dépendait grandement. L'élection de Lincoln précipite les choses : des états du sud font sécession pour former la Confédération des onze États sudistes ; ils étaient 9 millions contre 22 millions au nord. On comptera 617 000 morts après la victoire du Nord. |
1862 |
— Léon-Pamphile Le May a 25 ans. Il écrit alors des poèmes qu'il reprendra en recueil trois ans plus tard. En 1867, il remportera le premier prix du concours de poésie de l'Université Laval. — Antoine Gérin-Lajoie, à 38 ans, fait paraître son roman sociologique Jean Rivard, le défricheur canadien. Deux ans plus tard, il publiera la suite : Jean Rivard, économiste. — À l'étranger : Victor Hugo, à 60 ans, publie Les Misérables. |
1863 |
— Philippe Aubert de Gaspé (père), à l'âge de 76 ans, fait paraître son roman Les Anciens Canadiens, qui sera le plus populaire de la fin du XIXe siècle. — Contrairement à la période précédente, qui a vu les oeuvres poétiques publiées presque exclusivement dans les journaux et les revues, la période de 1863-1890 verra publier une soixantaine de recueils de poésie. — Aux élections, les Bleus de Cartier sont réélus avec force, alors que le Haut-Canada envoie une représentation libérale majoritaire. L'entente entre les deux clans est impossible. Il faudra attendre l'année suivante pour que l'on parvienne à former un gouvernement durable, grâce principalement à George Brown qui accepte de participer à une coalition élargie si le gouvernement envisage la création d'une fédération. — De 1863 à 1869, le Québec connaît une période de commerce difficile. |
1864 |
— À Charlottetown en septembre, on entame les discussions qui conduiront à la confédération canadienne. On les poursuit en octobre à la conférence de Québec. Londres donne son appui au projet d'union fédéral et fait même pression sur les gouverneurs en poste dans les colonies pour qu'ils l'acceptent. — La Revue canadienne commence à paraître. Elle deviendra célèbre par sa durée (elle paraît jusqu'en 1922) et par la qualité de ses collaborateurs. — Georges Boucher de Boucherville, à 50 ans, publie la seconde partie de son roman Une de perdue, deux de trouvées, treize ans après la première partie. — Louis-Honoré Fréchette a 25 ans ; il est reçu avocat. L'année précédente, il a publié son premier recueil de poésie. Il participe en ce moment aux campagnes contre le projet de Confédération. En 1866, découragé par ses insuccès, il s'exilera aux États-Unis (à Chicago) où il demeurera cinq ans. Il reviendra et sera élu député au fédéral en 1874. — Par ailleurs, en Europe : le Physicien écossais James C. Maxwell expose sa fameuse théorie électromagnétique de la lumière (les équations fondamentales). |
1865 |
— Napoléon Bourassa, à 38 ans, fait paraître Jacques et Marie, un roman qui raconte la déportation des Acadiens de 1755. — 1865-1867 : campagne du Mexique. De nombreux jeunes Canadiens français vont y combattre. C'est d'ailleurs là-bas qu'Honoré Beaugrand rencontre Faucher de Saint-Maurice. |
1866 |
— Joseph Marmette, le romancier qui sera le plus prolifique du XIXe siècle, âgé alors de 22 ans, publie son premier roman, Charles et Eva. L'ensemble de son oeuvre romanesque s'étendra sur une dizaine d'années. — Quelque 170 000 enfants sont inscrits dans les écoles publiques du Bas-Canada, en plus des 2586 étudiants des collèges classiques et des 2175 autres du secteur technique. — Controverse qui oppose Mgr Bourget à l'Institut canadien de Montréal. Le journaliste Oscar Dunn (21 ans) prendra le parti des ultramontains. — Cette année-là, quatre différents textes critiques font le bilan du « mouvement littéraire » de l'heure, en rendant compte de la place du romantisme dans les pratiques littéraires. Faucher de Saint-Maurice, devant la Société littéraire et historique de Québec, parle de « l'ornière fangeuse où l'écrivain de notre époque se plonge et se roule de plus en plus tous les jours » ; Hector Fabre est plus modéré ; Félix-Gabriel Marchand et Henri-Raymond Casgrain défendent le romantisme. — On installe le premier câble télégraphique qui traverse l'océan atlantique et unit l'Amérique à l'Europe. |