AU PLAISIR DES MOTS

Il va y avoir du sport

Le langage descriptif des matches sportifs semble connaître une certaine évolution, si l’on en juge par les échantillons qui nous sont fournis au Téléjournal de Radio-Canada. L’utilisation abondante des métaphores frappe l’auditeur peu habitué aux descriptions colorées des prouesses sportives. Serions-nous en train de créer un style littéraire sportif? Le souci de donner une couleur verbale imagée au discours sportif ne s’accompagne pas toujours cependant d’une rigueur lexicale souhaitable. En voici deux exemples.

Une erreur ancienne : “bien faire”

Sans doute empruntée à l’anglais to do well, signifiant « donner un rendement plus que satisfaisant », l’expression bien faire, employée absolument, prend dans la bouche ou sous la plume des chroniqueurs un sens mélioratif accru par rapport à l’expression anglaise. On dit d’un joueur, après un match, qu’il a “bien fait” lorsqu’il a donné un excellent rendement ou qu’il a été d’une efficacité remarquable.

Aucun des dictionnaires consultés ne donne ce sens à bien faire. Parmi les emplois relevés, on trouve, par exemple, un sens réprobateur : C’est bien fait pour lui, c’est-à-dire qu’« il a bien mérité la tuile qui lui arrive ». Puis, un sens laudatif : Ce costume lui fait bien signifiant qu’« il l’habille de façon élégante »; ou encore : Ce tapis fait bien dans votre salon, « il s’harmonise bien à votre décor ». Enfin, un troisième sens, moral celui-là : Il croyait bien faire, c’est-à-dire qu’« il pensait agir dans le bon sens ». Tu as bien fait de le réprimander, « c’est ce qu’il fallait faire ». Nulle trace de l’usage sportif. Le joueur qui a “bien fait” a tout simplement joué un bon match, il a été très performant. Cela devrait suffire.

La vogue du focus

À l’origine, terme technique d’optique, focus s’est vulgarisé au sens de « centre d’attention, point de concentration ». Exemple : Le focus a été mis sur le jeu défensif. Le Petit Robert (2008) confirme ce sens étendu. Donc, point n’est besoin de l’ostraciser.

Là où la sauce se gâte, c’est lorsqu’on tire de focus le barbarisme “focusser”. Il faut dire que les commentateurs sportifs n’en ont pas le monopole. On l’entend à cœur d’antenne et d’écran. Est-il si compliqué d’utiliser le terme correct focaliser, qui signifie « concentrer ses efforts, centrer l’attention »? Exemple : Le capitaine a su focaliser le jeu sur la défensive. Souvent la forme pronominale rend particulièrement bien certains emplois de “focusser”. Exemple : Il faut se focaliser sur des objectifs atteignables. Il reste que se concentrer sur, moins imagé, est très intelligible et pourrait s’employer sans qu’on y perde son focus.

Robert Dubuc

31 mars 2008

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