AU PLAISIR DES MOTS

Anglicismes bien assimilés : résilience et résilient

Une vogue, pour ne pas dire une vague, récente touche les mots résilience (n.f.) et résilient (adj.), empruntés à l’anglais, il y a plus d’un siècle pour le substantif et environ trois quarts de siècle pour l’adjectif.

Le terme anglais resilience a d’abord un sens technique : « propriété de résistance aux chocs d’un matériau ». C’est avec ce sens technique que le mot est à l’origine passé en français. Au sens technique s’est ajouté en anglais un sens moral exprimant la qualité d’une personne capable de surmonter rapidement des épreuves tant psychologiques que physiques.

Ce sens moral a pris plus de temps à s’infiltrer en français et l’a fait, semble-t-il, par l’adjectif resilient. On a relevé un emploi de résilient chez André Maurois en 1952. Le Petit Robert (2008) atteste les deux sens tant pour le substantif que pour l’adjectif, contrairement au Petit Larousse (2008), qui ne consigne pas le sens moral pour l’adjectif. En dépit de cette restriction, on peut considérer que le substantif tout comme l’adjectif, dans les deux sens, sont aujourd’hui acceptés en français.

Ces deux termes représentent un cas type de l’enrichissement du vocabulaire français par l’emprunt. Puisque existait le procédé permettant de mesurer la résistance aux chocs d’un matériau, il fallait donner une désignation à cette propriété. L’emprunt a été mis à contribution et resilience s’est intégré au français en s’accentuant. Le passage du sens physique au sens moral, d’abord attesté en anglais, devait aussi se produire en français, d’autant mieux qu’il était difficile de rendre ce concept par un seul terme. On pouvait parler d’une grande résistance physique, d’une grande qualité de récupération, d’un ressort moral vigoureux, d’une solide résistance aux épreuves, etc. Mais ces locutions étaient impuissantes à exprimer efficacement la capacité de surmonter les événements pénibles de la vie, les chocs affectifs ou les mauvais coups du sort. L’emprunt du substantif et de l’adjectif trouvait ainsi sa justification. On peut donc employer en toute bonne conscience résilience et résilient.

On ne peut en dire autant de “flabbergaster” (de l’anglais to flabbergast signifiant « bouleverser par un effet de choc ou de surprise »). Certains animateurs radio se plaisent à utiliser cet anglicisme, probablement à cause de sa résonance explosive. Mais ce corps étranger ajoute-t-il vraiment quelque chose à des verbes bien français comme stupéfier ou sidérer? On ne saurait prétendre que ce monstre phonétique comble une carence réelle du français. Aussi serait-il sage de s’en abstenir.

Robert Dubuc

31décembre 2007

Index des chroniques | Page principale | Liste des publications | Liste des auteurs