Monstres non sacrés : « corporation » et « corporatif »
Le milieu des affaires et de la finance est, pour des raisons évidentes, plus que beaucoup d’autres en proie aux tentations de l’anglicisme. C’est pourquoi il faut louer l’Ordre des comptables agréés du Québec pour l’excellent travail de son Comité de terminologie et de l’équipe de rédaction du Dictionnaire de la comptabilité et de la gestion financière (Ménard et collab., 2004). Grâce à ces travaux, rédacteurs, traducteurs et journalistes œuvrant dans ces domaines n’ont plus d’alibi pour justifier l’emploi impropre de termes dictés par le milieu anglophone. Les travaux du Comité sont accessibles par Internet et le Ménard est en vente dans les bonnes librairies. Il reste à vaincre la force d’inertie de la facilité.
À cet égard, l’emploi en français du terme corporation et de son dérivé corporatif, dans le domaine des affaires et de la finance, ne laisse pas de scandaliser quiconque manifeste le moindre souci pour la propriété des termes. Les termes en cause ont été étudiés à fond et par le Comité de terminologie et par le Ménard. De ces études, il se dégage nettement que le mot corporation est à écarter, puisqu’il n’a plus cours en français d’aujourd’hui que dans le domaine de l’organisation professionnelle. Le sens qu’on lui donne comme société de capitaux n’est pas admissible. L’emploi de l’adjectif corporatif tombe sous la même interdiction, pour la même raison. Il est donc particulièrement déplorable qu’un dirigeant d’une grande entreprise québécoise « pure laine » se présente comme « le vice-président aux affaires corporatives ». Dans ce cas, comme dans plusieurs autres, c’est à l’adjectif général qu’il faut faire appel en français, selon le Comité. Mentionnons, à titre d’exemples, corporate affairs / affaires générales; corporate planning / planification générale; corporate services / services généraux.
Le problème, comme le souligne l’étude du Comité, c’est que l’adjectif corporate est un adjectif à sens mou qui n’a pas vraiment d’existence sémantique autonome. Les locutions qu’il forme ont un sens en grande partie déterminé par le substantif d’ancrage. D’où l’impossibilité de trouver à corporate dans ces différents composés un équivalent passe-partout. Chaque terme où corporate entre en composition appelle un équivalent particulier. L’étude du Comité, déjà citée, recense une trentaine de syntagmes anglais ainsi formés et propose pour chacun un équivalent approprié.
Donc, quand vous aurez la tentation
d’employer le terme corporatif
en contexte d’affaires et de finance, qu’un feu rouge s’allume et allez
consulter l’étude du Comité.
15 juin 2007