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Répertoire des critiques

[mauvaise critique] [critique indécise] [bonne critique]

Je vous présente ici, dans leur version intégrale, toutes les critiques écrites, bonnes ou mauvaises, qui ont été formulées au sujet de mes oeuvres et dont j'ai eu connaissance. N'hésitez pas à attirer mon attention sur celles que j'ai pu manquer.


DATE AUTEUR RÉFÉRENCE
11 janvier 1998 Réginald Martel "Toujours le texte", La Presse, p. B4
février 1998 Chantal Turcotte [sans titre], Zone, p. 18
7-13 mai 1998 Raymond Bertin [Sans titre], Voir, p. 43
15 mai 1998 Marguerite Andersen "De belles histoires commentées", Liaison, no 97, p. 31
Automne 1998 Geneviève Forest "L'ici et l'ailleurs étranges", Lettres Québécoises, no 91, p. 34
Hiver 1998/99 Michel Lord "Nouvelle", University of Toronto Quaterly, "Lettres canadiennes 1997", vol. 68, no 1, p. 32-33
Hiver 1999 Francine Bordeleau "Morts suspectes", Lettres québécoises, no 96, p. 24
Octobre 2005 David Miserque [Sans titre], Science Fiction Magazine, Belgique.


 

 

11 janvier 1998, Réginald Martel, La Presse, p. B4.

Toujours le texte
L'écrivain est un personnage favori des écrivains. On le retrouve au centre de mille oeuvres où rarement il fait mauvaise figure. Telle tentation est assez anodine, probablement plus proche d'un souci de vérité, puisqu'on ne parle bien que de ce qu'on connaît le mieux, que d'un accès de vanité. Les écrivains ne sont d'ailleurs pas les seuls à se mettre en scène. Des peintres et des sculpteurs n'agissent pas autrement, profitant de la totale proximité de leur modèle.

Les personnages-écrivains s'intéressent par-dessus tout à leur nombril. Grâce à ce repère incontournable, le protagoniste d'une nouvelle de Luc Gauthier-Boucher, "L'Ombilic du texte", trouve enfin ce qui déclenchera chez lui l'écriture proprement dite, au bout d'une lente maturation de la seule velléité d'écrire.

Ce texte n'est pas le meilleur du recueil, intitulé Quelques Brins d'herbe sur une tombe et que publie Le Nordir, une maison d'Ottawa née dans l'Ontario septentrional ; ni le pire, encore que ce mot soit trop fort, car d'autres nouvelles ont ce petit quelque chose de scolaire qui révèle plus d'application que d'inspiration. Il n'empêche qu'une certaine ironie dans le choix du nombril comme cible, plus latente que manifeste, donne à imaginer la diversité de la palette que M. Gauthier-Boucher saura certainement maîtriser quand il aura plus d'expérience.

On dit des Irlandais qu'ils agissent d'abord, qu'ils pensent ensuite. Rien d'irlandais chez notre novice en écriture, qui trouve le moyen d'inscrire sa réflexion sur l'art d'écrire dans le corps même de la fiction. Elle se trouve, cette réflexion, dans une nouvelle qui démarre bien, "Une simple promenade", et finit plutôt mal, c'est-à-dire dans l'insignifiance, au nom de cette manie qu'ont les auteurs de nouvelles de fabriquer des dénouements qui sont censés surprendre le lecteur.

Le narrateur de la nouvelle se demande donc, ô pertinente question! si les écrivains n'en disent pas trop. Sa réponse mérite d'être citée tout entière : "On ne tient pas assez compte des facultés du lecteur, on ne mise que trop rarement sur les effets déformants de sa lecture, effets que l'on cherche au contraire à enrayer. Le texte, toujours le texte, on ne s'intéresse qu'à lui, et on travaille à fabriquer des oeuvres fermées sur elles-mêmes et autosuffisantes."

Dans la même nouvelle, deux pages plus loin, l'auteur revient à son propos et le précise : "Chaque mot se nourrit de l'imaginaire du lecteur. "..." D'où l'importance d'une bonne sélection lexicale. Tout l'art d'écrire repose là-dessus. Il ne s'agit pas de trouver le mot juste, qui est souvent trop précis, mais bien le mot qui suggère sans être trop vague, le mot qui laisse une place à l'apport du lecteur. Il faut miser sur l'implicite, sur l'espace blanc." Et le narrateur de se découvrir l'envie de tromper ses lecteurs, ce qui relève de la plus fine stratégie de séduction.

Le recueil de Luc Gauthier-Boucher n'est pas pour autant un essai. L'écrivain raconte des histoires, comme il se doit, et il révèle aussi quelques obsessions, en particulier celle de la mort du père, expérience traumatisante pour le fils et qui sera traitée de diverses manières, sobrement toujours, mais sans évacuer l'émotion. Malgré quelques faiblesses, dont quelques passages rendus banals parce que trop explicites (la théorie n'est pas la pratique!), et quelques fautes de français que font bien d'autres écrivains, Quelques Brins d'herbe sur une tombe est un bon premier recueil.

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Février 1998, Chantal Turcotte, Zone, p. 18.

[sans titre]
À l'instar de son père décédé du cancer, Luc Gauthier-Boucher ne peut se résoudre à accepter la mort et décide de lutter contre l'inéluctable. L'écriture est son arme et sa rage de vivre, son inspiration. Ce recueil de nouvelles est donc une variation sur un même thème, celui de la vie contre la mort. Une première qui laisse entrevoir un talent prometteur.

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7-13 mai 1998, Raymond Bertin, Voir, p. 43.

[sans titre]
Il est rare que le premier livre d'un auteur fasse cet effet: on ouvre ce recueil de nouvelles de Luc Gauthier-Boucher, intitulé Quelques brins d'herbe sur une tombe, et on est tout de suite happé par le récit. Les textes se succèdent, au nombre de seize, de facture et de ton variés, mais jamais ne survient une baisse d'intérêt. Le jeune écrivain captive l'attention du lecteur par un investissement total de sa prose en phrases pourtant courtes et simples. Multipliant les sujets et les points de vue étonnants, cultivant le mystère, il nous tient en haleine jusqu'à la fin.

Comme le laisse deviner son titre, la mort apparaît comme un thème récurrent au long du recueil, bien qu'absent de certaines nouvelles. Le tout débute avec l'évocation par le narrateur de la mort de son père, emporté par le cancer. Alors qu'aux funérailles chacun affirme qu'à présent le défunt ne souffrira plus, le fils se rebelle: "Par respect pour sa lutte, par amour aussi, jamais je n'accepterai cette victoire de la mort sur mon jeune père. Jamais." Puis, après un court texte insolite sur la recherche d'un sujet d'écriture - l'écrivain en herbe choisira de décrire son nombril! -, celui qui parle - mais est-ce toujours le même? - raconte qu'il a vu, de sa fenêtre, un inconnu mourir sous ses yeux.

Mine de rien, vous voici entraîné dans les histoires déroutantes de Luc Gauthier-Boucher. Comme Alain, ce chauffeur de taxi d'un village de l'Outaouais - l'auteur, diplômé de l'Université d'Ottawa, habite cette région -, qui se laisse mener, en pleine nuit, au cimetière par une femme mystérieuse dont il ne verra pas le visage. Puis, vous voici à Sarajevo, partageant les angoisses de Katia, jeune femme enceinte d'un photographe étranger: la naissance de l'enfant fera-t-elle contrepoids à l'horreur de la guerre? Et ces deux enfants du Liban qu'un couple de bourgeois a voulu sauver de la misère, survivront-ils à la froideur de leur nouveau pays?

L'écriture de Luc Gauthier-Boucher est vivante, empreinte de suspense, elle vous emporte. Au-delà des faits parfois cocasses, parfois inquiétants que raconte le nouvelliste par narrateurs interposés, apparaissent en filigrane des préoccupations philosophiques, un questionnement incessant sur la marche du monde et des hommes. Formé en physique, en littérature et en administration des affaires, l'auteur a développé différents champs d'intérêt qui semblent nourrir son imaginaire. Quoi qu'il en soit, on ne s'ennuie pas en sa compagnie. En attendant le roman sur lequel il travaille en ce moment, plongez dans ses nouvelles. Éd. du Nordir, 1997, 152 p.

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15 mai 1998, Marguerite Andersen, Liaison, no 97, p. 31.

De belles histoires commentées
Luc Gauthier-Boucher, Quelques brins d'herbe sur une tombe, nouvelles, Le Nordir, Ottawa, 1997, 156 pages.
Luc Gauthier-Boucher, dont Le Nordir publie ici, sous une très belle couverture, un premier recueil de nouvelles que j'ai eu bien du plaisir à lire, a choisi pour ses textes des thèmes finement ciselés, des personnages intéressants. "Danse macabre", un texte par lequel l'auteur prolonge la vie de son père défunt, m'a particulièrement touchée. De la même façon, chaque nouvelle de ce recueil saisira l'un ou l'autre lecteur.

Malheureusement, les personnages de l'écrivain ont la tendance, un peu trop forte et un peu fâcheuse, d'expliquer leurs actions pendant que l'auteur, lui, commente sa propre écriture (dans "Lettre à René", par exemple). Je comprends qu'on ait envie de le faire, mais le lecteur se sent dès lors arraché à l'histoire et même un peu lésé. On m'objectera que Brecht le faisait dans son théâtre, où il voulait que l'on soit juge et spectateur, mais Gauthier-Boucher n'a pas - pas encore, du moins - la maîtrise qu'avait Brecht et celui-ci, par ailleurs, s'abstenait de pratiquer sa théorie de la distanciation quand il écrivait des nouvelles ou des poèmes. Luc Gauthier-Boucher a raison de vouloir que le texte se nourrisse de l'imagination du lecteur, mais trop de directives risquent d'interrompre l'échange.

Ceci dit, la voix de ce jeune auteur représente un bel ajout à l'éventail de la littérature franco-ontarienne. Cultivé et attentif au malheur du monde, il travaille en ce moment à la rédaction d'un roman dont le titre, à lui seul, donne envie de le lire: L'irréversible instant de la guillottine. Un écrivain à suivre.

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Automne 1998, Geneviève Forest, Lettres Québécoises, no 91, p. 34.

L'ici et l'ailleurs étranges / Promenades et fragments
C'est par l'évocation de la mort que commence et se termine Quelques brins d'herbe sur une tombe, premier recueil de Luc Gauthier-Boucher. Avec ses diplômes en physique, en littérature française et en administration des affaires, l'homme affiche un parcours pour le moins éclectique. L'épithète s'applique bien, aussi, aux textes qu'il nous propose.

Ceux-ci, parfois, empruntent davantage au récit bref qu'à la nouvelle au sens strict. Ainsi de «Danse macabre», texte aux accents fortement autobiographiques où le narrateur se remémore le décès de son père survenu le 10 juin 1995 à l'hôpital de Gatineau. Cet hommage au père mort trop jeune après une longue maladie, l'auteur le place en tête de recueil. «Je ne peux pas te redonner la vie, mais grâce à l'écriture je peux prolonger ton souvenir au-delà de ma propre mort», souligne-t-il. Paroles émouvantes certes, mais plutôt banales. «Je ferai de mon mieux pour communiquer aux autres cette rage de vivre qui faisait de toi un père exceptionnel, un modèle», poursuit-il d'ailleurs. La disparition du père est-elle l'événement qui inaugure la venue de l'écriture? L'auteur enchaîne en tout cas avec «L'ombilic du texte», une réflexion vaguement humoristique sur le geste d'écrire et les aléas de l'inspiration.

L'écriture sera encore mise en scène dans «La gardienne du secret», nouvelle où le narrateur livre à la «feuille blanche» -- cette «confidente parfaite» -- un certain «épisode marquant» de son enfance, ou dans «Lettre à René», «Tu connais le genre d'histoires que j'ai l'habitude d'écrire, des histoires courtes, peu vraisemblables, presque fantastiques, mi-nouvelles mi-récits», précise le narrateur à son correspondant. Il sera tentant de voir là une description de la manière même de l'auteur. Manière qui reste à raffiner, si on en juge d'après ce premier recueil dont les nouvelles prennent trop souvent la tournure d'aphorismes, et où le commentaire l'emporte sur la narration.

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Hiver 1998/99, Michel Lord, University of Toronto Quaterly, "Lettres canadiennes 1997",
vol. 68, no 1, p. 32-33.

Nouvelle
Je ne saurais passer sous silence le recueil d'un jeune écrivain, Luc Gauthier-Boucher, dont la voix laisse deviner qu'une oeuvre intéressante est peut-être en gestation. Dans les seize nouvelles de Quelques brins d'herbe sur une tombe (Le Nordir, 153 p.), la narration se fait tour à tour sombre, facétieuse, macabre et fantastique. Le recueil s'ouvre sur un panégyrique en hommage à un père disparu, le narrateur, son fils, n'acceptant pas cette perte, mais jurant de tout faire pour transmettre aux autres «la rage de vivre» qui animait son père. «L'ombilic du texte» fait dans la facétie, le narrateur, inscrit à un cours de création littéraire à l'Université d'Ottawa (où l'auteur, selon la page quatre de couverture, a obtenu des diplômes), donné par un écrivain inconnu (qui recommande entre autre d'oublier le passé simple!); dans ce contexte académique, l'étudiant doit rédiger une description. Suit la narration de sa rentrée en bus d'Ottawa à Gatineau par moins 20 degrés Celsius. En route, au milieu de mille détails, il trouve son sujet: son nombril. La nouvelle se termine sur la description de son propre nombril, à laquelle s'entremêlent des images récentes de sa rentrée en bus et le souvenir de son père décédé. Le texte est assez entortillé et astucieux pour un narrateur qui disait manquer d'imagination et n'avoir rien à dire. Il n'avait qu'à écrire.
Parfois, Gauthier-Boucher s'ingénie à jouer avec les mots. Dans «Le siège», il s'agit du siège de Sarajevo et de l'histoire d'un couple qui fait l'amour sur une chaise (un siège) dans un édifice en ruines à Sarajevo. La femme a un amant dont elle n'a plus de nouvelles et une aventure avec un journaliste français. Elle est enceinte de ce dernier et son bébé sort le cul (le siège) en premier. Du côté du fantastique, les textes sont plutôt traditionnels, «L'herbe sacrée» étant une histoire macabre de cimetière et «Lettre à René», le récit épistolaire d'une coïncidence mystérieuse et inexpliquée entre une sculpture vieille de 1500 ans et une autre, toute récente, que le narrateur vient pratiquement de faire. Le problème de ce recueil tient au fait que, jusqu'à la treizième nouvelle, les textes se laissent lire avec plaisir. Mais passé ce point, tout se gâte: Dans «À bout de souffle», nous avons droit à un petit pamphlet plus ou moins fort qui n'a rien à voir avec le genre de la nouvelle.Ça parle des «gens qui n'ont pas de jugement», bien que l'on veuille ici parler des bien-pensants. «La conquête du plafond» met en discours un être accroché au plafond, la tête en bas; le narrateur y fait le portrait - et le procès - des multiples contraintes qui règlent malgré nous la condition humaine (la faim, le désir sexuel, la grossesse...). Cette manière de petit essai me paraît un peu anodin. «Dernière expérience» est une nouvelle à chute beaucoup trop facilement bouclée. Un narrateur s'adresse à un homme tombé dans un trou et qui meurt lentement. Puis, coup de théâtre, deux mains le saisissent par les pieds (sic) et le projettent à la surface. Surprise: c'est le narrateur qui a fait le geste. Voilà une bien mauvaise finale pour une nouvelle, où la facétie sombre dans la facilité, mais pire finale encore pour clore tout un recueil. Dommage, car les choses avaient bien commencé. Comme quoi on aurait dû se contenter de treize nouvelles.

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Hiver 1999, Francine Bordeleau, Lettres québécoises, no 96, p. 24.

Morts suspectes
D'aucuns trouvent la vie tellement lourde qu'ils se sentent forcés d'y mettre fin prématurément. Lucidité ou folie?
On se suicide beaucoup, dans ces romans qui nous viennent d'écrivains de la région de Hull-Ottawa. Chez Isal et Geneviève Georges, la mort volontaire vient mettre un terme aux aventures du personnage principal. Chez Luc Gauthier-Boucher, on ne rencontre pas moins de deux suicidés. Morts tragiques. Morts étranges aussi, qui demeureront largement inexpliquées, les auteurs n'ayant pas toujours jugé bon d'éclairer la psychologie tourmentée de leurs protagonistes.

L'ambiguïté est même à la base de L'irréversible instant de la guillotine, deusième livre de Luc Gauthier-Boucher dont on a pu lire, en 1997, Quelques brins d'herbe sur une tombe (le Nordir), un recueil de nouvelles assez roboratif et singulier. S'il n'est pas exempt de faiblesses, son roman montre néanmoins un auteur doté d'une bonne dose d'ironie et d'un style prometteur (parce qu'encore à peaufiner).

Du protagoniste que Gauthier-Boucher met en scène, on ne saura au fond jamais grand-chose. Son Guy Desmarais «occupe le poste de contrôleur des opérations sur une ligne de production de papier journal», n'a pas réussi à s'attirer la sympathie des collègues, et a une compagne, Louise, qu'il voit rarement (lui travaillant le jour et elle, le soir). Quelques signes extérieurs suffisent à le définir, à lui servir de fiche signalétique: il est grand, costaud, âgé d'une trentaine d'années; il possède une auto qui mériterait d'être changée et une maison dans le centre-ville de Gatineau. Desmarais a cependant une particularité assez extraordinaire: il est en effet fasciné par les objets tranchants, et plus précisément par les guillotines. Parce que la guillotine, c'est la matérialisation de l'irréversibilité; c'est, aux yeux de Guy, le meilleur exemple de la différence qui peut exister entre l'instant d'avant et l'instant d'après, la meilleure preuve de l'écoulement du temps, dont seuls les vivants peuvent avoir conscience.

Et voilà que meurt le vieux Marcel Larabie. C'était le voisin d'en face, il n'avait plus rien au monde sauf son chien, mais s'était mis à considérer Guy, qui s'occupait de lui de temps en temps, un peu comme son fils. Il s'est pendu et a laissé sa maison au jeune homme. Elle ne vaut pas très cher, 50 000 $ peut-être. Guy la vendra à Charles Cossette qui pèse, lui, un petit quart de million. C'est le deuxième suicidé de l'histoire, et lui aussi prend la peine de léguer la maison à Guy avant de mourir. La coïncidence frappe les médias et la police, il y a enquête, notre héros est évidemment soupçonné, mais on ne trouve contre lui aucune preuve solide.

Suicides? meurtres? Luc Gauthier-Boucher ne tranche pas, qui cultive avec un grand bonheur le flou et l'allusif. Des indices sont disséminés dans le texte, mais contribuent à égarer le lecteur plutôt qu'à l'éclairer. Or, une fois que l'on porte en soit [sic] le poids d'une vie cachée élaborée, on apprend à mentir, à ne pas laisser de traces et à avoir l'air innocent en tout temps; en somme, on devient le parfait candidat pour commettre des meurtres, pense ainsi, à propos de son suspect, le caporal chargé de l'enquête. Voilà qui est éminemment plausible, compte tenu des traits de caractère et des manies du protagoniste, tous éléments que l'auteur distribue cependant avec parcimonie dans son récit. L'irréversible instant de la guillotine apparaît ainsi comme un faux polar (assez réussi) et un faux roman psychologique. On pourrait inscrire ce livre dans la lignée de Il ne faudra pas tuer Madeleine encore une fois, le premier roman de Guy Lalancette que publiait VLB éditeur en début d'année. Lalancette était cependant plus ludique, et proposait une construction formelle autrement élaborée.

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Octobre 2005, David Miserque, Science Fiction Magazine, Belgique.

[Sans titre] / http://sfmag.net/article.php3?id_article=3045
« Je me sens...menacé. Oui, c’est cela, menacé. Il n’y a pas d’autre mot. La ville m’en veut. »

Un aspirant écrivain en panne d’inspiration et suivant les directives qui lui sont données lors d’un atelier d ‘écriture choisit son nombril comme thème de sa prose. Enthousiasmé par son sujet, il finit par s’y engouffrer, littéralement. Un homme assiste de sa fenêtre au décès singulier d’un individu qui frappe chez les voisins. Mort de peur ? Un taximan termine son service de nuit, juste le temps de prendre une dernière cliente. Toute dernière cliente. Un jeune homme et son amie attendent le bus dans un froid glacial. Le bus n’arrive pas, l’angoisse de l’homme monte. Et si la ville avait des intentions maléfiques ?

« Quelques brins d’herbe sur une tombe » est un brillant premier recueil composé de 16 textes courts et tranchants. Luc Gauthier-Boucher, jeune auteur Canadien, a une écriture simple et redoutablement efficace. L’un de ses personnages dit « Tu connais le genre d’histoires que j’ai l’habitude d’écrire, des histoires courtes, peu vraisemblables, presque fantastiques, mi-nouvelles mi-récits. », il en va de même pour bon nombre des nouvelles présentes dans ce recueil. Mais à cela il faut ajouter des récits tendres et émouvants dont on se demande parfois où s’arrête la fiction et où commence l’autobiographie.

Malheureusement indisponible en Europe, j’encourage néanmoins nos lecteurs québécois à acheter ce recueil et à s’intéresser à l’œuvre naissante d’un auteur local qui vous donne également rendez-vous sur son site internet : www.gauthier-boucher.net

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