L'auteur se dissocie d'emblée de l'idée voulant que la lecture soit contrôlée par l'auteur: « Longtemps considérée comme pure et simple activité de décodage entièrement "programmée" par l'auteur (ou le texte), la lecture apparaît de plus en plus comme une activité polymorphe et difficile à cerner ».
Il reconnaît aussi « l'impossibilité d'assigner des bornes au littéraire » - littéraire qu'il saisit en le redéfinissant comme « un filtre formé d'un ensemble de représentations appliquées à des textes et de prescriptions sur la façon de les lire. »
Vandendorpe rappelle qu'il suffisait avant qu'on reconnaisse la présence de certaines figures de style dans un texte pour que celui-ci soit considéré littéraire. Mais cela ne fonctionne plus aujourd'hui: « Le filtre méta-rhétorique est tout simplement considéré comme non pertinent parce que tombé en désuétude.»
Le filtre idéologique - «Ce qui différencie l'idéologie, comme contexte cognitif, de nos autres schèmes de pensée, c'est à la fois son fort degré de socialisation et le niveau auquel elle opère, l'ampleur du champ qu'elle couvre. S'appuyant sur l'effet de vérité qu'elle projette, elle vise à saturer le champ du discours et à se poser en instance ultime de légitimation de toute action sociale.»
Le filtre tel que le conçoit Vandendorpe est un dispositif qui se construit et qui peut devenir « raffiné », c'est-à-dire si complet qu'il permet de reconnaître des prototypes de textes littéraires qu'il utilise comme balises.
Le filtre littéraire aujourd'hui - « De toute évidence, le filtre littéraire actuel est placé sous le signe du "sens étoilé" (Barthes), du maillage infini des connotations. Il se caractérise par une dévalorisation du limpide au profit de la polysémie. »
« Ce n'est pas que l'oeuvre doive être absolument hermétique ou obscure. Elle doit au minimum faire l'impasse sur ses déterminations et laisser au lecteur un espace de jeu qu'il ne pourra pas épuiser et qui lui laissera toute latitude pour instancier les contextes de compréhension dans lesquels l'oeuvre fera le plus de sens et contribuera le plus à nourrir son esprit. Cela suppose que le texte garde une zone d'ombre, qu'il ménage une part de non-dit, de secret, ne serait-ce que dans le vouloir-dire initial qui l'a engendré. Le halo de littérarité est précisément constitué par cet appel à un dépassement du sens. »