Introduction
Ce qui peut influencer la façon de lire: le texte, la méthode critique, la conception de la littérature, le mandat de lecture, la personnalité du lecteur, ses compétences.
«Certes, plusieurs des chercheurs qui tentent de faire le point sur les études de réception reprochent aux poétiques de la lecture d'accorder une trop grande place au texte.» (p.25)
«En fait, les problèmes liés aux poétiques de la lecture sont imputables à deux prises de position difficilement tenables. D'une part, le fait que l'on désigne comme "lecteur" la structure textuelle qui fonde la lecture cultive, chez les théoriciens eux-mêmes autant que chez leurs lecteurs, une confusion inévitable entre le lecteur inscrit dans le texte et le lecteur empirique: on passe de l'un à l'autre comme si l'un n'était que le reflet de l'autre. La structure textuelle qui fonde la lecture est plutôt un "parcours de lecture" et elle ne se prête aucunement à une anthropomorphisation qui, somme toute, ne fait que susciter une confusion avec le lecteur empirique. Le "parcours de lecture" n'est évidemment pas une personne individuelle, mais plutôt un espace d'où on lit. [...] D'autre part, il faudrait distinguer entre "le parcours de lecture" et le processus de lecture, c'est-à-dire l'acte de constitution de sens ou d'un sens. L'écriture de la lecture ou, plus précisément, la structuration de la lecture dans le texte, n'est pas directement liée à l'interprétation; elle consiste plutôt à situer le lecteur dans un certain angle de vision par rapport au texte et d'où le texte sera lu (interprété)» (p.25-26)
«Thérien (1990) définit cinq processus qui peuvent être mis à contribution lors de la lecture: perceptif, cognitif, affectif, argumentatif et symbolique. Lire consiste d'abord à reconnaître et à déchiffrer les signes linguistiques qui composent le texte (processus perceptif), ensuite à les comprendre (processus cognitif). Le lecteur réagit à la fois de façon émotive (processus affectif) et de façon logique (processus argumentatif) à ce qu'il lit afin de façonner les diverses composantes du texte en un tout (le sens) en fonction de ses connaissances et de ses croyances (processus symbolique). Finalement, les compétences linguistiques, littéraires et culturelles de chaque lecteur feront en sorte que chaque lecture sera différente. Par ailleurs, la lecture est également déterminée par la structure de l'oeuvre.» (p.27)
«Admettons d'abord, comme les poéticiens de la lecture, que tout texte impose un modèle de lecture.» (p.29) «À mon avis, la lecture est effectivement déterminée par le texte qui l'oriente en instaurant un parcours de lecture, mais elle ne l'est qu'en partie seulement, puisque le lecteur influe également sur elle par son mandat de lecture, ses attentes, ses compétences, ses connaissances et sa perception de la littérature et de son rôle en tant qu'individu qui lit.» (p.34)
Première partie: Lire la lecture : fonctions de la lecture; modes de lecture
Le personnage de roman qui lit: c'est à la fois de l'intertexte et une mise en abyme de la lecture.
Énoncés de caractérisation: éléments du texte qui contribuent à la définition des personnages. «La construction des personnages est d'abord un effet de lecture.» (p.48) Fonction référentielle.
La lecture: fonction intertextuelle (intertextualité ou transtextualité si l'on emploie la formulation de Genette).
La lecture: fonction autoréférentielle (autoreprésentation par l'entremise d'un personnage lecteur - mise en abyme). Lucie Hotte, pour illustrer son propos, utilise trois romans de Gérard Bessette: La bagarre, Le libraire et Le semestre.
«Ces lectures [celles des personnages de romans] ont donc, lors de l'élaboration de la lecture, une fonction référentielle, puisqu'elles renvoient à des livres dont le sens est déjà déterminé par une culture.» (p.59)
«La lecture intertextuels trouve à s'accomplir lorsque le lecteur infère une relation paradigmatique entre deux ou plusieurs textes.» (p.82)
«La présence d'un roman dans le roman est la forme habituelle de la mise en abyme de l'énoncé, quoique celle-ci puisse également s'accomplir par la présence d'oeuvres musicales ou picturales.» (p.100)
Deuxième partie: Écrire la lecture : fonder un parcours de lecture
«L'étude de la représentation de la lecture a permis de dégager diverses fonctions qui fondent différents modes de lecture. La fonction référentielle fait appel aux connaissances culturelles du lecteur, la fonction intertextuelle pose comme référence un autre texte, alors que la fonction autoreprésentative utilise un fragment intratextuel comme fondement herméneutique.» (p.111)
Quelques conventions: «Le texte littéraire porte un message qu'il faut interpréter. Certains perçoivent ce message comme étant celui que l'auteur y a inscrit, d'autres y voient un attribut du texte; dans les deux cas cependant, lire est perçu comme une quête du sens. De cette convention en découlent deux autres. Premièrement, chaque élément du texte a une fonction et est donc signifiant en soi; deuxièmement, le texte littéraire forme un tout cohérent. En plus de ces règles littéraires qui fournissent à la lecture un but (trouver le sens) et un moyen (interpréter chaque élément et l'inscrire dans un tout cohérent), il existe une convention générale qui dicte que chaque genre littéraire doit être lu d'une façon qui lui est particulière. Les conventions propres à chaque genre permettraient, en principe, de savoir quels éléments doivent être privilégiés dans la quête du sens.» (p.113-114) [...] «C'est donc la remise en cause des conventions qui, en instaurant un mode de lecture particulier, la métalecture, permet d'en prendre conscience avec plus d'acuité.» (p.114)
Les conventions génériques (romans/poésie: le genre influence la lecture). Ici, Lucie Hotte tire ses exemples du Nez qui voque, de Ducharme; puis de Trou de mémoire, d'Hubert Aquin pour parler des conventions narratives.
«La formulation explicite du genre propose d'emblée un contrat de lecture qui peut immédiatement influencer le lecteur dans son choix [de livre]» (p.117) «Les préfaces jouent également un rôle dans la détermination générique de l'oeuvre. À l'instar de l'ensemble du paratexte, la préface est souvent perçue comme cette marge du texte qui commande toute la lecture.» (p.117)
«Culler adopte une position analogue lorsqu'il affirme que, du moment où l'oeuvre littéraire est considérée en fonction de la lecture, les genres ne sont plus des classes taxinomiques mais des ensembles de normes et d'attentes qui permettent au lecteur d'attribuer des fonctions aux divers éléments de l'oeuvre.» (p.121-122)
«La position du lecteur (externe) face au texte est toujours instable. Celui-ci adopte successivement des points de vue différents et même tous les points de vue possibles, comme dans certains tableaux d'Escher. Le texte joue sur la lecture, qui est avant tout une tentative de compréhension du texte et, partant, une démarche de connaissance. Il use donc des notes en bas de pages comme d'un subterfuge: pour faire bouger le lecteur d'une position à l'autre, en lui faisant croire que cette position est celle qui lui permet de lire mieux, d'avoir accès à la vérité du texte.» (p.143)
«Le rôle du texte dans l'élaboration de la lecture consiste à inscrire un parcours de lecture; le rôle du lecteur consiste à décider du choix des lectures, du but poursuivi et du mode de lecture.» (p.151)
«La lecture résulte d'une interaction entre le texte et le lecteur. Chacun est préalablement déterminé: le texte, par sa structure narrative; le lecteur par ses connaissances, son savoir lire et ses conceptions au sujet de la littérature et de la lecture. (p.152)»
«S'il est possible de parler de la rentabilité de certaines stratégies de lecture, c'est que celle-ci est d'emblée perçue comme une activité orientée vers un but: produire du sens.» (p.152)
HOTTE, Lucie, Romans de la lecture, lecture du roman. L'inscription de la lecture, 2001, [s.l.], Nota Bene, [186 pages].