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La Sémantique

par
Pierre Guiraud
1969



Bref aperçu



Résumé
Introduction

I - Les trois sémantiques

La sémantique est l'étude du sens des mots.

La sémantique relève de trois sciences distinctes: la psychologie, la logique et la linguistique, d'où une définition plutôt large du mot.

II - La sémantique linguistique

C'est l'étude des changements de sens, mais c'est aussi assimilé à l'analyse des figures de l'ancienne rhétorique, et c'est désormais aussi la théorie du signe linguistique, la fonction psycho-social du langage et la structure lexicologique.

Guiraud insiste pour qu'on évite de confondre « sens » et « signification » comme le fait la langue courante. Le sens a une valeur statique (l'image mentale de l'objet nommé), tandis que la signification a une valeur active (procès psychologique).

Ouvrages plus complets recommandés par Guiraud :
- Stern, Meaning and changes of Meaning;
- Ullmann, The Principles of Semantic.

Chapitre 1 : La signification : le procès sémantique

I - Signes et signification

La signification est le procès qui associe un objet, un être, une notion, un événement à un signe susceptible de les évoquer : un nuage est signe de pluie, le mot « cheval » est le signe de l'animal. Un signe est donc un excitant (stimulus) dont l'action sur l'organisme provoque l'image mémorielle d'un autre stimulus (se rappeler le chien de Pavlov).

Selon Saussure : le signe linguistique unit non une chose et un nom, mais un concept et une image acoustique.

II - Signes et symboles

Il existe deux types de signes : naturels (l'association nuage-pluie par exemple) et artificiels (qui servent soit à représenter le réel - un dessin, une photographie - soit à communiquer avec autrui - signe de politesse, langage articulé). Guiraud considère que les signes artificiels forment les symboles.

III - La signification linguistique : sens et concept

Guiraud rappelle le schéma de communication de Ferdinand de Saussure : locuteur / auditeur / chose à communiquer / signes linguistiques.

Le « mot » selon Saussure comporte quatre parties : la chose elle-même (par exemple un arbre), l'image de l'arbre (le signifié), l'image de la forme phonique (le signifiant), la forme phonique elle-même (le mot arbre).

Le signe linguistique unit non une chose et un nom, mais un concept et une image acoustique.

Guiraud rappelle le triangle d'Odgen et Richards pour montrer qu'il rejoint le schéma de Saussure, qu'il ne fait que réintroduire le référant (la chose elle-même) dans la définition du signe.

IV - Sens et relation

En fait, deux notions se rattachent au mot : la valeur structurale (qui définit le mot par sa relation avec les autres mots du contexte) et le contenu sémantique (l'image dont le mot pris isolément est porteur).

V - Arbitraire et motivation

Le signe est arbitraire dans la mesure où il n'existe entre le signifiant et le signifié aucune relation autre qu'une pure convention des locuteurs ; dans le cas contraire, il est dit motivé.

Tous les mots sont motivés au départ et beaucoup le restent plus ou moins longtemps. La motivation constitue donc un des caractères fondamentaux de signe linguistique. Elle peut prendre quatre formes :

- la motivation phonétique : dans les onomatopées qui reposent sur une analogie entre la forme phonique et la chose nommée (onomatopée acoustique, phonocinétique, phonométaphorique).
- la motivation métasémique : dans le cas des changements de sens (par exemple dans une métaphore qui désigne un poisson sous le nom de loup).
- la motivation morphologique : elle repose sur la dérivation et la composition (par exemple bananier à partir de banane).
- la motivation paronymique : elle repose sur l'assimilation ou la confusion de deux formes identiques (homonymes) ou voisines (paronymes) ; ainsi le sens de jour ouvrable est contaminé par celui du verbe ouvrir.

Mais tous les mots sont étymologiquement motivés, bien que rien ne s'oppose théoriquement à la création de mots purement arbitraire en fait il n'y en a pas (en dehors des formations publicitaires du type kodak).

Qui associe lune et lunettes ? L'effacement de la motivation est d'autant plus général qu'il est souvent nécessaire ; car ces associations si elles s'imposaient pourraient entraîner une restriction du sens (or un épicier ne vend pas seulement des épices).

VI - Conclusion


Chapitre 2 : La signification : la fonction sémantique

I - Sens et effet de sens

- Polysémie : existence de plusieurs sens pour un même nom. (Souvent aggravée par l'homonymie et la synonymie).

- Si un nom peut avoir plusieurs sens, ce sont des sens virtuels; ce n'est jamais qu'un seul d'entre eux qui s'actualise dans un contexte donné.

- Chaque mot a un sens de base et un sens contextuel.

- Dans « il s'est pris un coup sur la cafetière », le mot cafetière signifie tête (sens contextuel), mais on trouve aussi une connotation (parfois appelée association extra-notionnelle) qui renvoie à des idées de comique et de langage relâché et vulgaire. Ces associations extra-sémantiques sont des valeurs étudiées par la stylistique (valeur expressives et valeurs sociales ou socio-contextuelles).

Les valeurs expressives sont des images subsidiaires qui se superposent au sens; ce sont des associations extra-sémantiques d'origine naturelle. Ainsi, dans « Vous ici! », on trouve les mêmes deux notions (présence + surprise) que dans «  je suis très surpris de vous voir ici », sauf que l'idée de surprise tient seulement au pouvoir évocateur de l'exclamation et de l'ellipse.

Les valeurs socio-contextuelles sont aussi des associations extra-sémantiques d'origine naturelle, car c'est involontairement que je trahis en parlant mon origine sociale, ma province, ma profession, mes intentions, mon attitude à l'égard de mon interlocuteur, etc.

Chaque mot comporte donc quatre types d'associations: du côté de la sémantique, le sens de base et le sens contextuel; et du côté de la stylistique, la valeur expressive et la valeur socio-contextuelle. Guiraud donne un exemple avec la phrase « l'opération bifteck est en cours », où le mot opération, en plus des trois premiers types d'associations, a une valeur expressive complexe: l'idée d'une opération fortement structurée, énergique, décidée à aller jusqu'au bout, et en même temps un effet comique à cause du mot bifteck qui qualifie cette opération.

II - La création sémantique

Différentes façons de créer des mots: onomatopées, emprunts à d'autres langues, formations morphologiques (ex. électricien à partir d'électricité) et changements de sens (ex. feuille pour désigner un morceau de papier). Mais, note l'auteur, cette motivation étymologique n'est pas nécessaire pour la transmission du sens de base qui repose sur une association conventionnelle, et elle reste toujours susceptible de s'effacer.


III - L'évolution sémantique


Chapitre 3: Les changements de sens: leurs formes


I - La rhétorique: un inventaire descriptif


II - La forme logique des changements de sens


III - La forme sémantique des changements de sens


Chapitre 4: Les changements de sens: leurs causes


I - La nomination


II - L'évolution du sens


III - Classification des causes


Chapitre 5: La sémantique structurale


I - Langue et structure


II - Motivation interne et motivation externe


III - Les champs linguistiques de Trier


IV - Autour de Trier


V - La lexicologie de Matoré


VI - Sphères de pensée de Sperber


VII - Les carrefours linguistiques de Belin-Milleron


VIII - Les champs morpho-sémantiques


Chapitre 6: Les sémantiques


I - Sémiotique et sémantique philosophique ou une logique du signe


II - La sémantique générale ou une psycho-socio-logique du signe


III - Sémantique et théorie de l'information


Conclusion: La sémantique


I - Linguistique et lexicologie


II - Sémantique et lexicologie


III - Sémantique et étymologie


IV - Sémantique et stylistique


V - Sémantique et sciences connexes




Examen critique