Le site Web de Luc Gauthier-Boucher
À l'étage au-dessus... L'auteur et ses oeuvres Le dossier grammaire Suggestions de lecture
L'histoire du Québec Le dossier littérature Le dossier verbes Autres...


Les régies de la lecture littéraire

par
Bertrand Gervais
1992



Bref aperçu



Résumé

Bertrand Gervais essaie de cerner une lecture en particulier: la lecture littéraire. Il reconnaît d'emblée qu'il s'agit d'un double défi: celui de définir la lecture et celui de définir la littérarité. «C'est l'attitude, la volonté de questionner le texte, de le comprendre mieux, quel que soit le niveau du lecteur ou même le type de texte, qui rend littéraire la lecture.»

«Les définitions traditionnelles de la lecture littéraire ont longtemps procédé, en effet, par l'établissement de valeurs: qualité des textes, compétences des lecteurs et des lectrices.» Gervais rejette ces deux aspects; il montre comment les formalistes ont échoué à définir clairement la littérarité; et il associe l'idée de compétences des lecteurs à celle d'une conception normative (et donc bornée) de la culture.

«L'hypothèse développée est que la diversité des formes de l'acte de lecture est fonction du rapport entre ses deux gestes fondamentaux, progresser et comprendre. [...] La progression doit être considérée comme l'économie de base de l'acte de lecture. Lire, c'est progresser à travers un texte, c'est se rendre à sa fin. Un tel régime est le mandat des lectures décrites comme naïves, initiales ou encore première d'un texte, c'est-à-dire des lectures dont le but explicite n'est pas tant de tout comprendre ce qui est écrit mais de progresser plus avant, de prendre connaissance du texte, même si cela se fait d'une façon approximative. [...] En progression, c'est la règle de l'intérêt qui prévaut.»

«Le lecteur en progression qui s'arrête sur un mot, une phrase, un passage, pour mieux les apprécier et faire des corrélations, des interprétations, des rapprochements de toutes sortes, passe d'une économie de la progression à une économie de la compréhension.»

«La lecture littéraire n'est pas une première lecture d'un texte, une lecture-en-progression; mais bien plutôt un retour sur le texte, une relecture.»

Cette approche progression/compréhension, Gervais la compare à celle mise de l'avant par Michael Riffaterre (dans Sémiotique de la poésie, 1978): lecture heuristique (lire le texte du début à la fin) et lecture herméneutique (réexaminer et revoir les éléments du texte en fonction de ce qui a été lu).

«Une lecture-en-progression, où l'attention est avant tout fonctionnelle, ne répond pas aux mêmes critères qu'une lecture-en-compréhension, caractéristique de la lecture littéraire.»

«Le passage de la progression à la compréhension signale l'instauration d'une nouvelle régie, qui n'est plus simplement le lecteur, et par le fait même l'application d'un système de valeurs. Cette régie est l'institution littéraire, mais aussi universitaire, les disciplines et leurs modèles déjà constitués, les écoles de pensée, toutes les manifestations possibles de ce que Stanley Fish a appelé des communautés interprétatives, dont le rôle est d'imposer des formes discursives, des interprétations, des valeurs qui servent à déterminer la justesse et la fausseté des discours tenus sur les textes. Toute entreprise de compréhension qui se présente sous la forme d'un discours (et, qui plus est, d'un discours transmis) est contrainte et redevable d'instances normatives.»

«En lecture littéraire, la lecture est responsabilisée. Le lecteur ne peut plus dire n'importe quoi, il doit se conformer aux contraintes de sa communauté interprétative. Il doit respecter des paramètres, qui ne sont plus ceux de sa situation de lecture initiale privée, mais ceux qui sont légitimés par les institutions interpellées. Il ne s'agit plus de savoir si la lecture a été réussie ou non, mais bien plutôt si elle est juste ou fausse.»



Examen critique