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ANNÉE |
ÉVÉNEMENTS |
1867 |
— Confédération canadienne. Sous l'impulsion de John A. Macdonald et de Georges Étienne Cartier (deux hommes politiques canadiens), la tendance vers le fédéralisme se concrétise et l'« Acte de l'Amérique du Nord britannique » crée le 1er juillet la Confédération du Canada, qui regroupe quatre provinces : le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse (l'ancienne Acadie), l'Ontario et le Québec (qui compte 1 200 000 habitants). On parle désormais du « Dominion du Canada ». Le français redevient une langue officielle, avec l'anglais, mais il n'est nullement question de rendre bilingue le gouvernement fédéral (et encore moins de faire du Canada un pays bilingue). — Les anlophones du Québec forment 23 % de la population québécoise en 1867, 20 % en 1968 et 17 % en 1982. — Le parti au pouvoir à Québec doit contenter trois groupes de pression importants : le gouvernement fédéral, dont plusieurs députés siègent en même temps au provincial ; la minorité anglophone, qui réussira longtemps à placer aux finances un ministre anglophone ; et l'Église catholique, qui fait exclure des cabinets les hommes aux idées trop progressistes et qui veille à minimiser le nombre d'interventions de l'État dans les affaires publiques, pour ne pas perdre son pouvoir dans les domaines comme l'éducation et la santé. Dans ces conditions, le gouvernement du Québec sera longtemps en situation de faiblesse. Le parti conservateur, qui sera au pouvoir pendant presque trente ans, devra de plus négocier avec son aile ultramontaine, qui finira par le mener à se perte. — À Québec, le surintendant de l'instruction publique, Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, du Parti conservateur, devient Premier ministre le 15 juillet. Il crée, dès 1868, le ministère de l'Instruction publique dont il devient titulaire, et la coutume s'établit que le premier ministre est en même temps responsable de l'éducation dans la province. Mais le ministère est vite dénoncé par les ultramontains, et Boucherville l'abolit en 1875 pour rétablir le système d'avant 1867, qui va durer jusqu'en 1964. Le clergé rejette ainsi ce qu'il voyait comme une menace maçonnique : l'école neutre, gratuite et obligatoire. — Le 27 mars, Le Pays publie le poème « La voix d'un exilé » de Fréchette (28 ans) qui réside alors aux États-Unis. Le texte attaque le projet de Confédération. C'est par ce texte que Fréchette deviendra soudainement célèbre. — Hector Fabre, à l'âge de 33 ans, lance à Québec son propre journal, L'Événement, qui paraîtra jusqu'en 1879. Fabre, avocat, est le frère de l'archevêque de Montréal et le beau-frère de George-Étienne Cartier. En 1882, il sera nommé agent du gouvernement canadien à Paris, ce qui lui permettra d'aider les artistes d'ici à se faire connaître en France. Hector Fabre et Arthur Buies seront considérés comme les plus éminents journalistes du XIXe siècle. — Par ailleurs, c'est en 1867 que les États-Unis achètent l'Alaska à la Russie. |
1868 |
— Arthur Buies, âgé de 28 ans, lance l'éphémère Lanterne, journal très agressif à l'égard du clergé. Pendant les dix prochaines années, le style riche et varié de Buies lui vaudra le titre de « prince des chroniqueurs canadiens ». Dans les années 1880, il s'attachera à la colonisation, en publiant des ouvrages descriptifs des régions neuves du Québec. |
1869 |
— Le Canada achète la Terre de Rupert de la compagnie de la baie d'Hudson. L'avance des Européens vers l'ouest du pays inquiètent les Amérindiens et les Métis qui sont repoussés vers les Rocheuses ; elle est à l'origine d'une première révolte cette année-là, puis d'une autre en 1884-85, toutes deux dirigées par Louis Riel (qui sera pris et pendu). — Napoléon Aubin reprend du service : on le retrouve à la tête du Pays, où il continue de défendre la thèse de l'annexion du Canada aux États-Unis. Il est aussi élu président de l'Institut canadien de Montréal, au moment où les frictions entre plusieurs de ses membres, dont Joseph Doutre et Louis-Antoine Dessaules (le neveu de Papineau) et Mgr Bourget, évêque de Montréal, deviennent de plus en plus importantes. Aux côtés d'Aubin, alors âgé de 57 ans, on retrouve Arthur Buies, âgé de 29 ans. — De 1869 à 1873, le Québec connaît de bonnes années de commerce, grâce à la reprise des exportations de bois, de céréales et de produits laitiers, ainsi qu'à une hausse des prix. |
1870 |
— Le Manitoba devient la cinquième province du Canada. — Louis-François Laflèche, à 52 ans, devient le deuxième évêque de Trois-Rivières, succédant à Mgr Cooke. Quatre ans auparavant, il a publié un essai dans lequel il définit la mission religieuse providentielle du peuple canadien-français. Résolument ultramontain, il combattra le libéralisme jusqu'à sa mort, et sera le guide spirituel de Chapais, de Tardivel et des autres. — Par ailleurs, en France en 1870-71 : Guerre Franco-allemande. Napoléon III déclare la guerre à la totalité des États allemands (menés par la Prusse). Les troupes françaises sont rapidement battues et le Second Empire prend fin et est remplacé par la IIIe République. L'Allemagne obtiendra l'Alsace et une grande partie de la Lorraine (territoires que la France ne récupérera qu'à la fin de la première guerre mondiale). |
1871 |
— La Colombie-Britannique devient la sixième province du Canada. — Le premier recensement fédéral donne une population de 3 700 000 habitants (60 % d'origine britannique, 30 % d'origine française). — Le Nouveau-Brunswick adopte une loi scolaire interdisant les écoles confessionnelles ; cela vise directement les écoles francophones. C'est une première crise linguistique, et le fédéral n'arrivera pas à la résoudre. |
1873 |
— L'Ile-du-Prince-Édouard devient une autre province du Canada. — À Québec, Gédéon Ouimet, du Parti conservateur, devient Premier ministre le 27 février, succédant à Pierre-Joseph-Olivier Chauveau. |
1874 |
— Sous le gouvernement libéral de Alexander Mackenzie, il est décidé que désormais, aux élections, le scrutin aura lieu le même jour partout dans le pays et ne durera qu'un jour ; de plus le vote sera maintenant secret. C'est aussi Mackenzie qui crée la Cour Suprême du Canada en 1875. — Edmond Lareau, à 26 ans, publie la première Histoire de la littérature canadienne (littérature anglaise et française). Il emploie le terme « romantique » au sens de « romanesque ». — À Québec, Charles Boucher de Boucherville, du Parti conservateur, devient Premier ministre le 22 septembre, succédant à Gédéon Ouimet. — Narcisse Henri Édouard Faucher de Saint-Maurice, âgé de 30 ans, fait paraître un recueil de contes, À la brunante (qu'il nommera aussi À la veillée). De 1881 à 1890, il sera député provincial ; il sera aussi rédacteur du Journal de Québec, puis du Canadien. — Création de la Bourse de Montréal. |
1875 |
— Les meilleurs poètes canadiens de cette génération sont Nérée Beauchemin et William Chapman. Derrière eux, il y a aussi Eudore Évanturel, Léon Lorrain et James Prendergast. |
1876 |
— Le candidat libéral de Charlevoix, défait aux élections à cause de la pression de l'Église sur les électeurs, réussit, à l'aide d'une nouvelle loi fédérale, à faire annuler l'élection. L'année suivante, le pape envoie son représentant pour forcer l'Église québécoise à minimiser ses interventions dans le domaine électoral. — Mgr Bourget, à 77 ans, se retire à l'hospice du Sacré-Coeur de Montréal ; il va mourir neuf ans plus tard. — Un fermier du canton de Thetford découvre une pierre étrange qui ressemble à du coton. Moins d'une année plus tard, on commence l'exploitation des mines d'amiante. |
1877 |
— Publication du deuxième recueil de poésie de L.-H. Fréchette, Pêle-Mêle ; il a alors 38 ans. Mais 1880 sera sa meilleure année alors qu'on jouera ses deux pièces de théâtre et que l'Académie française lui remettra le prix Montyon pour son recueil Les Fleurs boréales, constitué de poèmes tirés de ces deux recueils précédents. — À 33 ans, Joseph Marmette publie son dernier roman, Le Tomahawk et l'Épée. En onze ans, il a écrit six romans historiques et d'aventures. — Par ailleurs, aux États-Unis, l'inventeur Thomas A. Edison construit le phonographe. L'année suivante, en 1878, il invente l'ampoule électrique. |
1878 |
— Retour au pouvoir de John A. Macdonald et de ses Conservateurs ; ils seront en place jusqu'en 1891. La « Politique Nationale » de Macdonald, qui entre en vigueur en 1879, consiste à élever les tarifs douaniers, à favoriser l'immigration et à parachever le chemin de fer Transcontinental. — À Québec, Henri Joly de Lotbinière, du Parti libéral, devient Premier ministre le 8 mars, succédant à Charles Boucher de Boucherville, un Conservateur. |
1879 |
— À Québec, Joseph-Adolphe Chapleau, du Parti conservateur, devient Premier ministre le 31 octobre, succédant à Henri Joly de Lotbinière, un Libéral. — En France, Arthur Rimbaud célèbre ses 25 ans ; l'ensemble de son oeuvre est terminé depuis au moins cinq ans. Son « Bateau ivre » est paru huit ans plus tôt, en 1871. |
1880 |
— Adolphe-Basile Routhier, âgé de 41 ans, écrit son poème « Ô Canada », qui deviendra l'hymne national. Ami de jeunesse de Fréchette, il renie ses anciennes idoles, Hugo et Lamartine, et se transforme en conservateur, défenseur de l'ordre établi et de l'Église. Polémiste, il attaque ses anciens amis libéraux, comme Fréchette. Il est membre de la Société Royale et juge à la cour supérieure depuis 1873. — On assiste à un certain épuisement des sources d'inspiration : les poètes se répètent. — Les années quatre-vingts voit le syndicat des Chevaliers du travail s'imposer au Québec, malgré la dénonciation de l'archevêque Taschereau. Les travailleurs des manufactures font en moyenne de soixante à soixante-dix heures par semaine, à de bas salaires et sans aucune sécurité. De nombreuses familles sont dans la misère. Les grèves sont courtes, mais violentes ; il y a souvent des morts et des blessés. — Dans les années quatre-vingts, 305 nouveaux journaux et périodiques voient le jour au Québec. — 1880-1930 : Édouard-Charles Fabre, Paul Bruchési, Lionel Groulx, Jules-Paul Tardivel et Henri Bourassa détiennent le pouvoir idéologique et étouffent les éléments réformateurs de la société. — Dans les années quatre-vingts, on assiste à la mise en place de la politique nationale et à la construction du chemin de fer Canadien-Pacifique, symbolisant la formation d'un état pancanadien. L'ouverture de l'ouest à la colonisation réduit le poids politique du Québec et coïncide avec l'érosion des droits des francophones dans toutes les régions du Canada. |
1881 |
— En janvier, Halifax (Nouveau-Brunswick) est désigné point d'entrée officiel pour les immigrants (et plus particulièrement le quai 21, ou Pier 21, à partir de 1924). — Laure Conan (Félicité Angers) fait paraître son roman Angéline de Montbrun dans La Revue canadienne. C'est pour plusieurs le roman le plus littéraire du XIXe siècle. Il sera publié de façon indépendante en 1884. — Thomas Chapais, pourtant très conservateur, prononce devant l'Institut canadien de Québec une conférence où il critique le classicisme, qu'il ne trouve pas assez national et pas assez chrétien, au profit du romantisme de Lamartine. — La population du Québec : 1 360 000 habitants. Près de 30 % des gens habitent en ville. La ville de Montréal compte 141 000 personnes. — La ville de Trois-Rivière est reliée à Québec et à Montréal par le chemin de fer. — On dénombre 3783 femmes dans les communautés religieuses féminines du Québec. Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, 25 communautés féminines ont été fondées, et 12 ordres masculins. — Le 14 juillet paraît le premier numéro du journal hebdomadaire La Vérité, fondé par Jules-Paul Tardivel, alors âgé de 30 ans. Tardivel, comme Chapais, est un ultramontain, mais il refuse totalement de vendre sa plume à un quelconque parti politique. |
1882 |
— La ville d'Ottawa produit son premier annuaire téléphonique. Il ne compte que 200 abonnés. — L'électricité fait son apparition dans les années 1880. Au départ, seulement les gares et les édifices publics peuvent en être pourvus, puis vers 1900, l'électrification se généralise dans les villes. — À Québec, Joseph-Alfred Mousseau, du Parti conservateur, devient Premier ministre le 1er août, succédant à Joseph-Adolphe Chapleau, un autre Conservateur. |
1884 |
— À Québec, John Jones Ross, du Parti conservateur, devient Premier ministre le 23 janvier, succédant à Joseph-Alfred Mousseau, un autre Conservateur. — Mgr Taschereau ordonne que l'on refuse l'absolution à ceux qui font partie des Chevaliers du travail. — Joseph-Charles Taché, médecin et député conservateur de 1847 à 1857, fait paraître, à l'âge de 64 ans, son recueil de légendes Forestiers et voyageurs de façon autonome. Ses légendes avaient déjà été publiées en 1863 dans Les Soirées canadiennes. — Fondation, à Montréal, du journal La Presse, favorable aux Conservateurs. |
1885 |
— Pendaison du métis Louis Riel. — Fin de la construction du chemin de fer du Canadien-Pacifique reliant Montréal à Vancouver (3200 km), commencé douze ans plus tôt, en 1873. — Une épidémie de petite vérole fait plus de 3000 morts à Montréal. Des quartiers entiers résistent violemment aux fonctionnaires de la santé publique qui tentent de vacciner la population. Quant aux épidémies de typhus, elles sont à peu près disparues. La diarrhée, la tuberculose, la diphtérie, la scarlatine et la typhoïde maintiennent au Québec un taux de mortalité infantile très élevé, jusqu'à 300 pour 1000 à Montréal. |
1886 |
— De 1886 à 1893, La Bibliothèque à cinq cents offre 24 pages d'extraits de romans français et canadiens, ainsi que des poèmes, aux lecteurs de la province. |
1887 |
— Honoré Mercier est Premier ministre du Québec de 1887 à 1891. — L.-H. Fréchette fait paraître à Paris La Légende d'un peuple (47 poèmes). Au cours de sa vie, Fréchette s'inspire des Hugo, Lamartine, Leconte de Lisle, Josephin Soulary, Théophile Gautier et Heredia. Comme Pamphile Le May, il suit la mode, passant du romantisme au Parnasse. — À Québec, Louis-Olivier Taillon, du Parti conservateur, devient Premier ministre le 13 janvier, succédant à John Jones Ross, un Conservateur. Taillon sera lui-même remplacé deux semaines plus tard (le 29 janvier) par le Libéral Honoré Mercier. Sous Mercier, la construction des routes connaît un nouvel essor, alors qu'on relance la politique de colonisation, qui n'atteindra son sommet qu'au XXe siècle grâce aux techniques modernes. — Les religieux représentent 48 % des instituteurs des écoles catholiques, alors que ce taux n'était que de 11 % en 1853. — Par ailleurs, en France: Guy de Maupassant publie « Le Horlà », une nouvelle fantastique qui fera partie de toutes les anthologies futures. Trois ans plus tard, Van Gogh se suicide à l'âge de 37 ans. |
1888 |
— Calixa Lavallée met en musique le « O Canada » d'Adolphe-Basile Routhier. — On complète le chemin de fer qui relie la ville de Québec à la région du lac Saint-Jean. |
1890 |
— Un projet de loi est passé à la législature du Manitoba afin d'abolir l'usage du français dans les écoles de la province. Plus tard l'Ontario fera de même avec le règlement 17, ce qui entraînera une montée du nationalisme québécois. — Au Québec, début du mouvement poétique influencé par les Parnassiens et les Symbolistes, dits décadents. — Napoléon Legendre (1841-1907), membre de la Société Royale, compose « Réalistes et Décadents », une attaque en règle contre les nouvelles tendances en littérature. |
1891 |
— À Québec, Charles Boucher de Boucherville, du Parti conservateur, devient Premier ministre le 21 décembre, succédant à Honoré Mercier, un Libéral. Boucher avait déjà occupé ce poste de 1874 à 1878. — La compagnie ferroviaire Canadien-Pacifique (CP) met en marche la ligne maritime Empress, de Vancouver vers l'Orient, qui transporte marchandises, courrier et passagers. En 1914, le CP compte près de 100 navires, dont 30 parcourent l'Atlantique et contiennent jusqu'à 1000 personnes. |
1892 |
— Le 19 janvier, Louis Cyr (de Saint-Jean-de-Matha), alors âgé de 29 ans, passe une série d'épreuves de force devant un comité du British Gentlemen à Londres. Ses exploits confirment qu'il est l'homme le plus fort du monde. — À Québec, Louis-Olivier Taillon, du Parti conservateur, devient Premier ministre le 16 décembre, succédant à Charles Boucher de Boucherville, un Conservateur. Taillon avait déjà occupé ce poste pendant deux semaines en 1887. |
1895 |
— Louvigny de Montigny (19 ans) et Jean Charbonneau (20 ans) fondent l'École littéraire de Montréal. De Montigny se fera connaître en 1914 par sa découverte du roman de Louis Hémon, Maria Chapdelaine, publié par tranche dans un journal parisien. |
1896 |
— Les Libéraux de Wilfrid Laurier (premier Canadien français à être Premier ministre) mettent un terme au long règne conservateur en se faisant élire à Ottawa. — À Québec, Edmund James Flynn, du Parti conservateur, devient Premier ministre le 11 mai, succédant à Louis-Olivier Taillon, un autre Conservateur. Mais les Premiers ministres qui se succèderont de 1897 à 1936 seront libéraux : Marchand (1897-1901), Parent (1901-05), Gouin (1905-20), Taschereau (1920-35) et Godbout (1935-36). — Après une longue lutte menée par l'Ontario, le Conseil privé de Londres reconnaît la souveraineté des provinces dans leur sphère de juridiction. Ottawa n'aura plus la liberté de désavouer les lois provinciales ; on met ainsi fin aux abus du très centralisateur John A. Macdonald. — Sir Clifford Sifton devient ministre de l'Intérieur pour Wilfrid Laurier. Il modifie la politique d'immigration et organise des campagnes de recrutement pour faire venir plus d'immigrants dans les grandes plaines canadiennes. Au cours des 15 années qui vont suivre, 170 000 Ukrainiens vont ainsi s'installer dans les Prairies. Au total, c'est plus de deux millions et demi d'immigrants qui arrivent au Canada durant cette période. — Par ailleurs, en France : l'affaire Dreyfus (officier français juif accusé à tort de trahison) fait rage de 1896 à 1899. Sa condamnation fait naître une vague d'antisémitisme et divise la classe politique française en deux camps (pour et contre Dreyfus). Zola publie dans un journal une lettre ouverte (intitulée « J'accuse ») dans laquelle il prend la défense de Dreyfus : l'écrivain est condamné à un an de prison et à une forte amende. Finalement l'innocence de Dreyfus est prouvée, mais l'affaire demeure la principale crise de la IIIe République. |
1897 |
— À Québec, Félix-Gabriel Marchand, du Parti libéral, devient Premier ministre le 24 mai, succédant à Edmund James Flynn, un Conservateur. — À l'étranger : L'Irlandais Bram Stoker, dont l'histoire de la littérature ne retiendra pas le nom, écrit Dracula, qui deviendra un best-seller. |
1899 |
— Léon-Pamphile Le May (62 ans) publie Les Contes Vrais. — 1899-1902 : la guerre éclate en Afrique du sud ; l'Angleterre se bat contre les Boers (petit peuple pastoral et religieux qui a toutes la sympathie des Canadiens français). Les Anglo-Canadiens veulent participer à la guerre, mais pas les francophones ; pour satisfaire les deux groupes, le Premier ministre Wilfrid Laurier refuse de participer au conflit, mais fournit aux volontaires le transport pour joindre l'armée britannique. |
1900 |
— Le Canada compte 5,4 millions d'habitants (2 % d'Autochtones, 57 % d'origine britannique, 31 % d'origine française et 10 % d'autres origines). — Fondation de la première Caisse Populaire (à Lévis). — Le 26 avril, un terrible incendie dévaste la ville de Hull. — 1860-1900 : on estime, sans précision, qu'au moins 500 000 Canadiens français ont émigré aux États-Unis. |
1901 |
— Près de 40 % de la population du Québec habite en ville. La ville de Québec compte 70 000 habitants et la ville de Montréal, 280 000. Le Québec tout entier compte 1 700 000 habitants. |
1904 |
— Pablo Picasso, alors âgé de 23 ans, vient s'installer définitivement en France. Comme lui, beaucoup d'artistes espagnols ont quitté leur pays à cause de ses régimes dictatoriaux, appauvrissant ainsi beaucoup la vie culturelle de l'Espagne. |
1905 |
— Sous Wilfrid Laurier (premier Canadien français à être Premier ministre), l'immigration incessante vers l'Ouest canadien entraîne la création de deux nouvelles provinces : la Saskatchewan et l'Alberta. Laurier et le Parti libéral sont arrivés au pouvoir en 1896, mettant fin à un long règne conservateur. — Par ailleurs, à 26 ans, l'Allemand Albert Einstein publie trois mémoires qui, par leur importance, auraient mérité chacun le prix Nobel de physique ; mais étrangement Einstein ne reçoit ce prix qu'en 1921. Parmi ces mémoires se trouve celui sur la relativité restreinte (E = mc2). |
1907 |
— Le pont de Québec s'effondre, tuant 76 ouvriers. Naît alors une légende voulant que le diable se soit déguisé en ingénieur pour diriger les travaux de construction du mauvais pont. Et depuis, on appelle ce pont le pont du Diable. |
1909 |
— William Chapman (1850-1917), alors âgé de 59 ans, fait paraître pour une deuxième fois un recueil de poésie à Paris. Pour une seconde fois également, il est couronné par l'Académie française. Fréchette et lui seront les seuls écrivains québécois du XIXe siècle à percer en France. |
1910 |
— Le petit-fils de Louis Joseph Papineau, Henri Bourassa (journaliste et député) fonde le journal « Le Devoir », qu'il consacre à la défense des Canadiens français. Il s'opposera vigoureusement à la conscription de 1917 qui forcera les Canadiens à participer à la première guerre mondiale. Son « successeur » en tant que défenseur des droits des francophones sera l'historien et chanoine Lionel Groulx, considéré par plusieurs comme le père spirituel des indépendantistes québécois. — En mai, la comète de Halley est dans le ciel du Québec. |
1912 |
— Le Québec annexe le Nouveau-Québec (le nord du territoire). De même, l'Ontario et le Manitoba double de superficie en étendant leur territoire jusqu'au nord. |
1913 |
— En France, Proust publie la première partie de son oeuvre la Recherche du temps perdu. La septième et dernière partie sera publiée en 1927, cinq ans après la mort de l'auteur. |
1914 |
— L'incident du Komagata Maru met en lumière la politique raciste du Canada en matière d'immigration. Le navire, qui compte environ 400 passagers en provenance des Indes orientales, jette l'ancre en face de Vancouver. Il restera en place deux mois sans qu'on laisse descendre les passagers, puis il sera finalement chassé. |
1914-1918 |
— Première guerre mondiale. Elle oppose entre autres le bloc France-Angleterre-Russie-Japon (augmenté plus tard des États-Unis) au bloc Allemagne-Autriche-Hongrie-Turquie. L'Espagne reste neutre. La victoire est acquise par les premiers (la France etc.). On dénombre plus de huit millions de morts en tout. Le Canada apporte une aide précieuse aux Britanniques, malgré le mécontentement suscité au Québec par la conscription de 1917 instaurée par les Conservateurs (sous Borden) au pouvoir à Ottawa. Plus de 60 000 Canadiens sont morts au combat sur les quelque 400 000 militaires canadiens envoyés outre-mer. Les Canadiens ont eu une excellente réputation sur le plan militaire. — De 1915 à 1917, l'empire ottoman (c'est-à-dire turc) procède à un véritable génocide en éliminant plus d'un million d'Arméniens. |
1917 |
— Le gouvernement fédéral impose l'impôt sur le revenu des particuliers et des sociétés pour financer l'effort de guerre. La mesure est dite temporaire, mais le gouvernement ne pourra plus jamais s'en passer. — Explosion d'un navire qui détruit toute une partie de la ville d'Halifax. |
1918 |
— La grippe espagnole frappe durement la planète et cause 40 millions de morts. D'autres pandémie de grippe frapperont dans l'histoire: la grippe asiatique de 1957 (plus de 2 millions de victimes) et la grippe de Hongkong de 1968 (environ 1 million de morts). — En 1918, à la fin de la guerre, les femmes obtiennent le droit de vote aux élections fédérales ; dans l'Ouest elles votent déjà au provincial depuis 1916, et en 1922 elles pourront faire de même dans toutes les autres provinces, sauf au Québec où ce droit ne viendra qu'en 1940. |
1920 |
— Marie-Anne Houde est reconnue coupable du meurtre de sa belle-fille Aurore Gagnon, 10 ans. Elle est condamnée à la pendaison. Le drame sera porté au cinéma dans le célèbre film « Aurore, l'enfant martyre ». |
1925 |
— Le gouvernement de Mackenzie King autorise le Canadien-Pacifique et le Canadien-National à recruter des immigrants de pays européens qui n'étaient pas auparavant considérés pour l'immigration. Le Canada se doit d'adopter une politique d'immigration moins restrictive car de 1915 à 1925, il connaît un déficit migratoire net de 400 000 personnes (plus de gens quittent qu'il en arrive). Le CP aura plus d'agents recruteurs en Europe et aux États-Unis que le gouvernement canadien. |
1927 |
— Le Conseil privé fixe les frontières du Labrador. |
1929 |
— En octobre, le krach de la bourse de New-York entraîne l'économie mondiale dans les bas-fonds. |
1928 |
— Une première victoire des féministes a lieu en 1928 lorsque la femme est officiellement reconnue comme une personne (!) par le Conseil Privé de Londres. A partir de 1930, les femmes peuvent devenir médecins et comptables, mais elles ne peuvent encore devenir notaires et avocats. Au Québec, Marie Gérin-Lajoie et Thérèse Casgrain feront des efforts remarquables pour améliorer la situation de la femme. |